Paul Kagamé et le nouveau Rwanda (Les Afriques n°232 du 21/02/2013)

Il a quitté son pays, le Rwanda, en 1961, à l’âge de quatre ans, fuyant la persécution qui frappait alors tous les tutsis. D’autres chroniques disent que l’exil a commencé beaucoup plutôt pour Paul Kagamé. A peine âgé de 6 mois, sur le dos de sa mère. Le chemin a été long…

Il a quitté son pays, le Rwanda, en 1961, à l’âge de quatre ans, fuyant la persécution qui frappait alors tous les tutsis. D’autres chroniques disent que l’exil a commencé beaucoup plutôt pour Paul Kagamé. A peine âgé de 6 mois, sur le dos de sa mère. Le chemin a été long pour la famille Kagamé qui prend le chemin de l’Ouganda où elle s’installe dans le petit royaume de Toro (devenu administrativement un district). A peine ses études secondaires bouclées à la Old School of Kampala, le voilà dans le maquis, âgé de 22 ans, sous les ordres d’un certain Yowéri Muséveni alors en résistance contre le régime dictatorial d’Idi Amin Dadda. Ce mouvement qui deviendra la NRA (National Resistance Army) était appuyé en sous-main par la CIA.

La Centrale américaine de renseignements multiplie les rapports admiratifs sur ce fougueux officier qui jouera un rôle primordial dans l’ascension triomphale de Yowéri Muséveni. Quand celui-ci arrive enfin au pouvoir en 1986, il nomme Kagamé au poste de directeur adjoint des renseignements militaires. Quel rôle joueront les rapports de la CIA dans l’envoi de Kagamé aux USA en 1990, où il étudiera à Fort Leavenworth (dans le Kansas) le commandement militaire ? Bien avant son séjour américain, Kagamé était devenu un membre important du FPR (Front Populaire Rwandais) qui négociera au début des années 70 le plan de retour des tutsis avec Kigali. En vain, les négociations traînent. Le FPR finit par privilégier la logique militaire en prenant le maquis. La première bataille fut une boucherie. Les forces tutsies inexpérimentées sont surprises dans le maquis. Le leader historique Fred Rwigema est assassiné le 2 octobre 1990. Dès lors, Paul Kagamé, rentré d’exil par des chemins détournés, en évitant les «oreilles» de Paris, prend la direction des opérations avec la bénédiction de Kampala et de Washington. La France joue la carte du pouvoir central à Kigali, ce qui vaut une longue arrestation de Kagamé en 1991 alors qu’il avait transité par Paris, où il avait été reçu par Jean Christophe Mitterrand, secrétaire d’Etat chargé des affaires africaines. Motif avancé de l’interpellation, «terrorisme». Le chef de la rébellion ne sera libéré que sur intervention du ministre français des affaires étrangères. Cette pseudo-arrestation était une pression supplémentaire exercée par Paris afin que le rebelle arrête son combat.

Stratège dans l’art militaire, Kagamé se révèle aussi habile négociateur lors des accords d’Arusha, signés en 1993 et que d’aucuns présentaient comme la digue qui empêchera le Rwanda de sombrer dans le chaos. Paul Kagamé et Juvénal Habyarimana les parapheront après deux ans de rounds aigres. Mais, en dépit des accords, les tensions sont vives. En 1994, l’avion du président Juvénal Habyarimana est touché par une roquette à l’atterrissage à Kigali. C’est le début d’un génocide qui fera plus de 800.000 morts, selon l’ONU. Les extrémistes hutus mettront en branle un plan d’extermination des tutsis sans pitié au rythme de 10.000 morts par jour. Dix-neuf ans après ces événements, certains épisodes comportent encore des zones d’ombre. Qui a tué le président Habyarimana ?

Paul Kagamé sera accusé d’être l’auteur de l’attentat contre l’avion présidentiel, notamment par la France. Le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière est parti plus loin en émettant des mandats d’arrêt visant plusieurs proches de Paul Kagamé. Cette thèse sera battue en brèche par le rapport balistique des experts qui, en 2012, discréditera la thèse du juge anti-terroriste français. En plus de la France, l’Espagne avait explicitement mis en cause Paul Kagamé et 40 militaires de son entourage dans l’assassinat de l’ancien président rwandais.

Sur le plan militaire, le FPR s’est imposé face à des forces armées rwandaises affaiblies par un embargo sur les armes décrété par l’ONU. Le rapport de force pousse Kagamé à la vice-présidence du Rwanda et au poste clé de ministre de la Défense en juillet 1994. Mais le combat n’était pas terminé pour Paul Kagamé. Il poursuivra la chasse aux génocidaires avec détermination. Si son régime est qualifié de «tutsi», Paul Kagamé met en place les réformes à tendance nationale, faisant adopter une nouvelle constitution en 2003 interdisant toute référence Tutsi ou Hutu. S’il est crédité d’un bon score dans l’essor économique du Rwanda, l’une des plus fortes croissances actuelles de la région des Grands Lacs, Paul Kagamé reste controversé dans son rôle joué durant les deux guerres du Congo. Un rapport de l’ONU datant de 2008 l’accuse de soutenir le rebelle congolais Laurent Nkunda, arrêté depuis et officiellement en résidence surveillée au Rwanda. Elu président de la République en 2000, il a été réélu en 2003 avec 95% des voix et en 2010 avec 93% des voix. En dépit de cette popularité beaucoup d’opposants sont muselés. Les organisations des droits de l’homme comme Reporters Sans Frontières dénoncent régulièrement les atteintes à la liberté d’expression et les assassinats politiques. Il faut, souligne RSF, 41.000 euros de capital minimum pour créer un média écrit !

Bref, sous Paul Kagamé, le Rwanda avance avec quelques embardées. Dans l’ensemble, le bilan de Kagamé est plutôt positif avec des performances économiques inégalées et une liberté de ton rare pour un chef d’Etat africain.

M.C

——————————————————

Le nouveau Rwanda est tiré par les services

Un pays en plein essor qui forge son modèle sur le respect des délais et des formes que nous vous présentons dans ce dossier. Le Rwanda, tiré par le secteur des services, a bousculé les préjugés sur l’Afrique.

Depuis le génocide il y a deux décennies, l’économie du Rwanda enregistre des taux de croissance impressionnants. Le pays des Mille Collines fait partie des trois champions africains du Doing Business. L’influent magazine britannique The Economist le place parmi les 9 économies aux taux de croissance les plus élevés de par le monde. Quel est donc le secret de ce petit pays enclavé ? La réponse n’est pas évidente, même si les observateurs et les experts s’accordent à dire que le nouveau Rwanda est complétement orienté vers la croissance économique. Une expression locale dit «Invugo Niyo Ngiro», soit «Nous tenons parole». Dans le blog de la Harvard Business de juin 2011, le chercheur Heidi Grant Halvorson décrit les penseurs en deux catégories : ceux qui se demandent quel chemin ils ont déjà parcouru et ceux qui se demandent combien il reste encore à accomplir. Le Rwanda ne repose pas sur les lauriers de ce qui été accompli après le génocide, mais plutôt sur ce qui reste à faire, c’est-à-dire continuer d’avancer. Ce dynamisme a changé les mentalités. Le Rwanda ne se voit plus comme un pays enclavé, mais un pays continu sans discontinuité territoriale, avec l’objectif de réaliser la «Vision 2020». De 2006 à 2012, le taux de croissance a augmenté de 9,1% en moyenne dans ce pays incroyablement propre, ordonné et discipliné. Sur la même période, le Rwanda a doublé son revenu par habitant, qui atteint aujourd’hui 600 dollars. Cette croissance est tirée par les services, qui ont progressé à une cadence importante de l’ordre de 12%. Des enseignes prestigieuses comme Mariott, Sheraton et Radisson fleurissent aujourd’hui sur le fronton des hôtels. Des investisseurs, comme l’américain Nicholas Berggruen, ont jeté l’ancre dans ce pays, changeant tout son panorama financier. De même Carnegie Mellon a ouvert un campus universitaire à Kigali en faisant l’un des premières institutions diplomantes de recherche en Afrique. La clinique ophtalmologique Agarwal, d’origine indienne, a ouvert sa succursale au Rwanda avec des perspectives régionales. Idem pour Portek of Singapore qui ne vise ni plus ni moins qu’à investir le créneau de la logistique. De son côté, Rwandair vient d’être désigné récemment la compagnie de transport aérien africain à la croissance la plus rapide.

Le Rwanda émergent. Cette success-story repose sur une orientation stratégique du Rwanda en tant que hub des services. Le pays est en effet relié à son environnement immédiat grâce au marché commun de l’EAC (East African Community) et à la partie Est de la RDC, qui est une zone d’influence clé.

A l’avenir le hub rwandais s’attend à une explosion de la part transit en passagers et en marchandises. D’où les projections à la hausse quant à la demande en logistique. La création de nouveaux réseaux ferroviaires dans la région, la construction des routes et des infrastructures par la Chine contribuent à ce renouveau. L’aéroport international de Kigali offre déjà d’énormes possibilités pour le trafic passagers et cargo. Un nouvel aéroport est en cours de construction. Un signal positif dans l’un des pays qui présente la plus forte densité en Afrique. Le taux de pénétration du mobile est en effervescence, sans rattraper toutefois les fusées que sont le Kenya, la Tanzanie et le Ghana. Les géants que sont MTN, Tigo et Airtel sont depuis longtemps à pied d’œuvre au Rwanda, engagés dans la bataille des parts de marchés, offrant le mobile et les services internet. Le gouvernement a investi massivement pour relier le pays aux réseaux de fibres optiques. Ce qui fait de ce pays, hier enclavé une économie africaine, bien positionnée dans l’outsourcing, offrant des possibilités immenses aux banques et aux multinationales internationales à la recherche des traitements de leurs backs offices, bases de données et comptabilités, aux meilleurs tarifs possibles. C’est l’un des objectifs affichés par le gouvernement.

Des opportunités inavouées. Le Rwanda se positionne aussi comme l’un des meilleurs centres financiers de la région. Depuis le début de cette année, des facilités d’accès ont été octroyées à tous les visiteurs venant des pays africains. Le pays est en train de développer son industrie de la santé, son secteur du capital investissement et, comme nous l’avons dit ci-haut, ses services de traitement des back offices destinés aux firmes internationales. C’est le modèle de l’Ile Maurice qui est mis en avant. Il s’agit à l’instar du Rwanda, d’un «pays enclavé par la mer» certes, avec des ressources limitées et qui se positionne dans la nouvelle division du travail imposée par la globalisation (voir à ce propos l’entretien ci-dessous relatif au secteur bancaire).

En addition au secteur bancaire, celui des assurances est aussi inscrit dans une phase de croissance intéressante. L’arrivée récente du leader industriel kenyan UAP consolide le modèle de développement du pays. Les opportunités de placement à long terme, offertes par le secteur bancaire et la liquidité des secteurs financiers, sont autant d’atouts. Selon le FMI, sept des dix économies aux taux de croissance les plus élevés sont en Afrique. Le continent vient à la deuxième position après l’Asie, en termes de taux de croissance, avec 5,4% en 2012. La demande forte des ressources africaines est à l’origine de l’augmentation des échanges commerciaux avec les pays émergents comme Dubai et Chine. Les services financiers, les secteurs de la santé et du management suivent le pas. Selon le dernier rapport 2012 de Capgemini, les populations africaines à revenus élevés ont augmenté de 3,9% durant les deux dernières années, alors que dans le monde cette catégorie n’a progressé que de 0,8%. Le Rwanda compte jouer un rôle stratégique dans ce créneau en attirant les gestionnaires de fonds et les investisseurs spécialisés. L’autre signal fort du Rwanda est l’implémentation de l’East African Exchange (EAX), présentée à Davos en marge du World Economic Summit 2013. Cette Bourse, lancée dans le dernier trimestre de l’année 2012, bénéficie des concours de compagnies de renom comme Nicolas Berggruen Holding, un mastodonte new yorkais qui pèse 2 milliards de dollars. Ou encore Heirs Holdings de Tony Elumelu, ancien président de l’UBA, l’une des premières banques en Afrique, basée au Nigéria. Parmi les parrains de la nouvelle place financière, citons aussi 50 Ventures de Jendayi Frazer et Ngali Holdings, une société d’infrastructures qui intervient dans plusieurs pays africains. La nouvelle Bourse verra ses transactions démarrer cette année sur une plateforme technologique sécurisée par NASDAQ OMX et qui est déployée dans 22 marchés financiers de par le monde. Les matières premières seront cotées dans cette place. Le choix du Rwanda par les grands investisseurs s’explique par son offre technologique (infrastructures de communication) et son bon climat d’investissement, l’un des meilleurs de la région.

Au-delà des services financiers. Comme mentionné plus haut, Agarwal a commencé ses activités au Rwanda en 2012. Le groupe pèse 758 millions de dollars au Indian Stock Exchange. Connu pour son modèle économique innovant, basé sur le mixte entre les activités rentables et celles à but non lucratif, Agarwal développe 4 secteurs en Afrique.

Quant à Portek, l’opérateur portuaire base à Singapour, filiale du japonais Mitsui & Co Ltd, il présente de grandes ambitions pour le continent, avec 9 bureaux dans divers pays en Europe et en Asie, et 1200 employés. Le Rwanda vient comme première implantation en Afrique de l’Est, après une expérience réussie en Algérie et au Gabon.

Vecteur du nouveau Rwanda, la compagnie Rwandair offre un hub de transit vers le Moyen Orient et l’Asie. De la même manière que Emirates a fait de Dubai et des Emirats Arabes Unis en général son centre focal pour desservir le monde entier, non seulement pour les voyages d’affaires, mais aussi de culture, de sport, Rwandair veut contribuer au désenclavement de Kigali.

Selon le bureau rwandais de développement (Rwanda Development Board), certains secteurs ont besoin de moins d’IDE pour générer des emplois. Ainsi, le travail dans les secteurs financiers coûte seulement un investissement de 12.500 dollars comparé à 95.000 dollars dans le secteur minier ou encore 216.000 dollars dans les hôtels et les restaurants et 638.000 dollars dans les Technologies de l’information. Peu de nations africaines, en fait, ont des institutions gouvernementales qui font de telles comparaisons. Ces données expliquent le choix du secteur des services comme locomotive du Rwanda. Le pays, à la recherche perpétuelle de partenaires lui permettant d’atteindre ses objectifs, a une vision claire du chemin qu’il veut suivre. Les leaders mondiaux dans les télécoms, les services financiers traditionnels ou modernes, l’industrie de la santé se positionnent. C’est peut-être le temps pour d’autres pays africains de s’inspirer de l’exemple du Rwanda.

Hubert Ruzibiza et Ibrahima Sagna

——————————————————

 «Les actifs des banques du Rwanda en croissance de 60% entre 2008 et 2012»

Yoann Lhonneur, Directeur associé de DEVLHON Consulting, cabinet de conseil en management et stratégie dans le secteur financier, a débuté sa carrière à l’international pour des banques néerlandaises. Depuis son parcours chez KPMG, il accompagne dans les pays émergents des banques de détail et d’investissement sur leurs enjeux de transformation en particulier en Afrique. Interview.

Les Afriques (LA) : Comment le secteur bancaire du Rwanda a-t-il évolué au cours des dernières années?

Yoann Lhonneur (YL) : Si le secteur bancaire rwandais reste sur un marché étroit, il a toutefois un certain nombre de cartes en main pour accélérer sa mue, initiée depuis le milieu des années 2000. Avec une croissance de plus de 60% des actifs bancaires et des dépôts entre 2008 et juin 2012, le potentiel est là, porté notamment par la croissance des encours de crédits (elle-même favorisée par des politiques volontaristes). D’autant que les niveaux des créances douteuses se réduisent tendanciellement, leurs taux ayant été divisés par 2 à 3 depuis le milieu des années 2000.

Parallèlement, la structure du secteur s’ouvre progressivement : la moitié des 14 banques agrées l’ont été à partir de 2007. De plus, la concurrence pointe à travers l’entrée d’établissements étrangers, principalement régionaux ou panafricains, tels qu’Ecobank, Access Bank, et les kenyanes Equity et I&M Bank dont l’acquisition, en juillet 2012, de la Banque Commerciale du Rwanda (BCR) avait été également opérée avec le soutien des fonds Proparco (France) et DEG (Allemagne).

Un positionnement de «spécialisation» financière sur la scène régionale pourrait s’avérer payant. Toutefois, cela ne pourra s’opérer sans innovation et montée en capacité des réseaux bancaires. L’innovation bancaire constitue effectivement une carte à jouer pour les banques rwandaises. D’autant que le secteur peut, par exemple, bénéficier de l’émulation des acteurs de la région de l’EAC (East African Community) notamment des établissements kenyans dont un des leaders a recruté plus 900.000 clients en 2011, à travers le canal du M-Banking. Ces enjeux vont aussi dans le sens d’une autre perspective pour les banques rwandaises : leur internationalisation, avec un élargissement de leur présence au niveau pays de la zone.

LA : Comment se développent les banques rwandaises sur leurs différents segments de marchés ?

YL : Les bilans des banques rwandaises sont très marqués par les activités Corporate, celles-ci représentant, par exemple, plus de 68% des encours de crédits et 70% des dépôts pour le leader bancaire.

La bancarisation progresse avec plus de 2 millions de comptes bancaires en place en 2011. Le potentiel est là pour aller plus vite encore. Le mouvement pourrait se renforcer à travers l’extension de réseaux bancaires, dont le nombre d’agences qui a plus que doublé, depuis le milieu des années 2000, ce qui n’a rien à envier aux banques kenyanes sur la même période (+66% pour le top 5). Sur le seul 1er semestre de 2012, le nombre de cartes de débit en circulation a augmenté de 54%. De plus, les plus de 480 coopératives de niveau local (dont les Coopératives d’épargne et de crédit Umurenge) se voient progressivement autorisées à accorder des prêts.

LA : Quels sont les autres enjeux de transformation pour les acteurs ?

YL : Si les niveaux de rentabilité sur actifs (ROA) des banques rwandaises sont de bonne tenue, les ressources financières du système sont encore réduites. Il semble désormais crucial de développer la «profondeur» du marché et de canaliser les financements et l’épargne de long terme. Ces enjeux nécessitent une mise en cohérence avec les autres acteurs financiers (assurance, gestion d’actifs, Bourse) et les différents secteurs économiques identifiés comme porteurs.

Propos recueillis par Adama Wade

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :