La SFI change de patron mais pas de cap (Jeune Afrique n°2724 du 24/03/2013)

La filiale de la Banque Mondiale chargée du secteur privé veut accélérer son soutien à l’agro-industrie et au développement des infrastructures.

C’est un homme du sérail que la Société Financière Internationale (SFI, qui se présente désormais sous son sigle anglais, IFC) a choisi pour succéder à l’Ivoirien Thierry Tanoh au poste de vice-président Afrique subsaharienne, Amérique latine et Caraïbes. À 56 ans, Jean-Philippe Prosper a été directeur Afrique de l’Est et Afrique australe et codirecteur du département Afrique de cette filiale du groupe Banque Mondiale chargée du secteur privé. Puis, d’août 2012 jusqu’à sa nomination, annoncée le 27 février, il y a chapeauté l’Amérique latine et les Caraïbes. La désignation de cet Haïtien relève d’une logique évidente : poursuivre la politique de l’institution dans les 79 pays de sa zone, qui représente un portefeuille d’investissements de 17 milliards de dollars (plus de 13 milliards d’euros).

Croissance. Une politique que Jean-Philippe Prosper a lui-même contribué à mettre en place et qui, souligne-t-il, « accorde une place particulière à l’Afrique [32 pays, NDLR] depuis une dizaine d’années ». Entre 2003 et2012, les investissements de la SFI sur le continent sont passés de 140 millions à 4 milliards de dollars, ce qui en fait la deuxième région d’intervention de l’institution. En 2013, ce chiffre devrait atteindre 4,5 milliards de dollars. Une hausse des investissements favorisée par la croissance économique soutenue des pays africains. « Dans les trois à quatre prochaines années, l’Afrique pourrait même devenir notre première région d’activité devant l’Amérique latine, qui représente aujourd’hui  plus de 5 milliards de dollars d’investissements », note celui qui,  avant son entrée à la SFI en 2000, a travaillé pendant onze ans pour la Société Interaméricaine d’investissement (filiale de la Banque Interaméricaine de Développement).

Le nouveau vice-président assure que les États fragiles et les pays en situation de post-conflit bénéficieront d’une grande attention à travers des routes, des moyens de stockage, le financement de projets régionaux et nationaux pouvant accélérer leur développement.

En termes de secteurs, ses priorités et sa stratégie seront les mêmes que celles de son prédécesseur. Pour favoriser l’industrialisation du continent, « il faut donner au secteur privé les infrastructures qui permettront la transformation, c’est-à-dire l’énergie à un coût compétitif, une logistique efficace avec des routes, des moyens de stockage, des équipements pour l’exportation » indiquait Thierry Tanoh à Jeune Afrique début 2012. Au cours de l’exercice clos fin juin 2012, l’enveloppe consacrée aux infrastructures a ainsi dépassé pour la première fois le milliard de dollars. Jean-Philippe Prosper assure que ce montant a augmenté depuis et que l’énergie, qui pose un véritable problème de compétitivité aux PME africaines, occupera toujours une place de choix, c’est-à-dire 40% à 50% du montant total.

Comme les infrastructures, l’agro-industrie, qui représente 10% à 15% des investissements de l’institution, devrait occuper une place de plus en plus importante dans les prochaines années. « Il s’agira notamment de veiller à ce que nos investissements contribuent à assurer la sécurité alimentaire et à favoriser l’augmentation des revenus des petits fermiers », explique Jean-Philippe Prosper. Dans ce but, la SFI soutient les initiatives du type de celle qui a permis la création de la Bourse des matières premières d’Addis-Abeba. Elle a apporté en janvier 2,5 millions de dollars (sur un total de 5 millions, financé avec la banque d’affaires Morgan Stanley) à Eleni, une société spécialisée dans la conception des Bouses de matières premières en Afrique et créée par Eleni Gabre-Madhin, l’ancienne patronne du Ethiopia Commodity Exchange (ECX). Pour l’économiste éthiopienne, « le développement de l’agro-industrie est lié à celui des infrastructures. Car ces dernières permettent de collecter la production, de la transporter, de la stocker et de la commercialiser dans de bonnes conditions ».

Emplois. Enfin, l’autre domaine d’intervention de la SFI reste le secteur financier, à travers des participations dans les banques et les fonds de capital-investissement notamment. « Ils sont nos intermédiaires dans le financement des PME », explique Prosper. Alors que des voix s’élèvent pour dénoncer ce type de prises de participation par des institutions de développement pointant l’incompatibilité entre leur objectif de réduction de la pauvreté et la recherche de profit des capital-investisseurs, Jean-Philippe Prosper est formel : « Dans le secteur privé, il n’y a pas de développement sans profit. Cependant, lorsque nous investissons dans les fonds de capital-investissement, nous nous assurons qu’ils visent des secteurs prioritaires et qu’ils investissent à leur tour dans des activités qui favorisent le développement du tissu économique ». Dans son rapport sur l’exercice 2012, la SFI assure avoir ainsi contribué à la création de 250.000 emplois sur un an en Afrique subsaharienne. .

Stéphane Ballong

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