Archive for avril, 2013

30 avril 2013

Logistique : …et à la fin c’est toujours Bolloré qui gagne (Jeune Afrique n°2728 du 21/04/2013)

La concession du deuxième terminal à conteneurs d’Abidjan – le fameux TC2 -, c’est encore pour lui. Une victoire de plus pour le groupe français, qui règne sur les ports du golfe de Guinée.

« A la lumière des derniers événements, on peut voir que, même battus, ils gagnent toujours au final ; »  « Ils », ce sont les responsables de Bolloré Africa Logistics (BAL) ; et les « derniers événements », la mise en concession du deuxième terminal à conteneurs (TC2) d’Abidjan, remporté par le groupe français associé pour l’occasion à APM Terminals (APMT) et Bouygues Travaux Publics. Lâchés avec autant d’exaspération que de désillusion, ces propos tenus juste après la confirmation des résultats de l’appel d’offres ivoirien, le 15 mars, par un dirigeant d’International Container Terminal Services (ICTSI) résument l’amertume, voire la lassitude générale qui gagne l’ensemble des concurrents du groupe Bolloré en Afrique.

Retenu de justesse à Abidjan après la phase technique, BAL a su inverser la tendance pour virer en tête lors de l’offre financière, déclenchant une nouvelle controverse quant aux conditions d’attribution du contrat de concession, comme cela avait déjà été le cas en 2009 au Togo ou deux ans plus tard en Guinée, entre autres. Au point que plusieurs opérateurs se demandent s’ils ne doivent pas désormais « se concentrer sur les marchés où Bolloré ne va pas ». Depuis 2004 et ses premiers succès acquis dans les eaux troubles de Douala puis d’Abidjan, lors de l’obtention passée de gré à gré du premier terminal à conteneurs (TC1), rien ne semble en effet devoir freiner la marche triomphale de la filiale africaine de Bolloré.

Profitant comme personne du large mouvement de privatisation des ports et autres infrastructures de transport imposé à l’Afrique depuis les années 1990 par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale le groupe s’est taillé un empire depuis la reprise du transitaire Scac en 1986. « Parmi les 20 grands opérateurs mondiaux, seul Bolloré a une stratégie clairement identifiée sur l’Afrique. Nous nous plaçons sur tous les appels d’offres de mise en concession de terminaux à conteneurs », explique Olivier de Noray, directeur des ports et terminaux chez BAL.

Conditions obscures. Avec aujourd’hui 28 concessions portuaires, ferroviaires ou fluviales en plus de ses ports secs et autres plateformes multimodales, BAL, créé en 2008 pour regrouper toutes les activités africaines du groupe, gère « le premier réseau de logistique intégré du continent », y devenant en moins de dix ans le leader de la manutention portuaire. Seules les défaites enregistrées à Monrovia en 2011 et surtout à Dakar trois ans plus tôt, dans des conditions aussi obscures que certaines de ses victoires, empêchent l’opérateur d’aligner un sans-faute le long du golfe de Guinée, de Conakry jusqu’à Pointe-Noire. « Parler de monopole n’est pas fondé. Même si nous sommes leader sur le continent, nous ne représentons pas plus de 5% en termes de part de marché logistique », nuance Olivier de Noray.

Disposant du réseau de transport le plus dense d’Afrique de l’Ouest Bolloré est devenu un acteur clé sur un secteur qui l’est tout autant. « Le groupe a eu la bonne stratégie en se positionnant rapidement sur les infrastructures. Étant depuis longtemps en Afrique, nous en avons une connaissance qui nous permet de répondre précisément aux attentes exprimées » reprend le directeur des ports et terminaux. Selon les estimations l’opérateur transporterait chaque année entre 30% et 50% de toutes les productions africaines de cacao et de coton, exerçant une emprise réelle sur l’économie du continent. Pour le plus grand bénéfice du groupe lui-même, puisque l’Afrique ne représente qu’un quart de son chiffre d’affaires, soit 2,5 milliards d’euros en 2012…mais près de 80% de ses profits, selon une étude d’Exane BNP Paribas de février.

À l’heure où l’arrivée de nouveaux partenaires internationaux comme la Chine dope les échanges commerciaux et donc les besoins de transport et de logistique, Bolloré récolte ce qu’il a semé vingt ans plus tôt en misant sur un marché alors négligé et ne présentant aucun rival ou presque. En Afrique, où plus de 90% des marchandises empruntent la voie maritime, « celui qui tient les ports tient le continent », résume Nguessan Nguessan, consultant auprès de la Banque Mondiale. Tous les moyens sont donc bons pour rafler les concessions.

Force de frappe. Bolloré peut s’appuyer sur une expertise technique et industrielle reconnue – malgré des tarifs jugés le plus souvent trop élevés -, et sur sa force de frappe financière. « Le groupe investit en Afrique plus de 300 millions d’euros par an et tient ses engagements. Trois ans après avoir remporté Pointe-Noire, le dragage a été fait, les quais et les portiques ont été livrés. Nous avions annoncé que Pointe-Noire pourrait faire 500.000 conteneurs à l’année ; nous y sommes aujourd’hui. Nous ne vendons pas du rêve », déclare Olivier de Noray, soulignant la particularité de BAL face à la concurrence: « Notre offre ne s’arrête pas à la sortie du port. Nous travaillons en direction de l’hinterland en développant les corridors de fret. » « L’offre logistique terrestre de Bolloré est un avantage énorme par rapport aux autres, surtout pour les ports de distribution », confirme l’expert maritime Yann Alix.

Reste que sur les hubs de transbordement à vocation sous régionale comme Abidjan, Pointe- Noire ou demain Kribi, « les décisions peuvent être davantage liées aux relations particulières que le groupe, via son président, a su tisser au fil des années », suggère un courtier parisien. Fort des dizaines de milliers d’emplois qu’il a créés sur le continent et des installations hautement stratégiques qu’il contrôle, Vincent Bolloré a en effet su bâtir un réseau d’influence qui lui permet de renforcer celui de ses activités en Afrique. N’aurait-il pas renégocié en décembre 2012 directement avec la présidence ivoirienne les droits d’entrée du TC1 pour forcer la décision sur le TC2? « Sa réussite irrite. Il a compris depuis longtemps que les liens personnels avec les responsables politiques sont importants en Afrique, mais il y a aussi beaucoup de fantasmes », assure Anthony Bouthelier président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian).

Un peu à l’écart des sentiers battus de la Françafrique pour des raisons générationnelles, Vincent Bolloré se montre assez habile pour toujours miser sur le bon cheval, même s’il doit pour cela réviser ses alliances en fonction des intérêts du moment. Sur le TC2 d’Abidjan, l’homme d’affaires s’est ainsi associé à Martin Bouygues, son « ennemi » depuis 1997 et le raid manqué du Breton sur le groupe de BTR mais aussi un proche de l’actuel pouvoir ivoirien. Ses pratiques ne brillent pas toujours par leur transparence, mais permettent à Bolloré d’être aujourd’hui bien campé sur ses positions le long d’une côte ouest-africaine « où il sera de plus en plus difficile à déloger, voire même à concurrencer », conclut Yann Alix.

Olivier Caslin

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Une entreprise qui s’africanise

« Depuis quelques années, le nombre d’expatriés français ne cesse de diminuer au profit des managers africains, explique Christian des Lauriers, gérant associé au cabinet lnfhotep, qui conseille régulièrement BAL. Ces six dernières années, 8000 personnes ont été embauchées en Afrique. » Cette africanisation, qui s’accompagne d’une politique volontariste de formation permanente, est l’un des piliers de la performance opérationnelle du groupe, avec la mise en place d’un système d’information moderne, d’un renforcement du contrôle opérationnel et de la gestion des risques. Au siège, Dominique Lafont, président de BAL depuis 2006, est certes essentiel dans la définition de la stratégie africaine, mais tout ne se décide pas à Paris. « L’organisation opérationnelle de BAL repose sur une forte responsabilisation de ses managers et s’appuie sur une structure régionale dont les centres de décision sont situés principalement en Afrique », ajoute Christian des Lauriers.

O.C.

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29 avril 2013

Croissance : dragons et tortues (Jeune Afrique n°2728 du 21/04/2013)

Selon les prévisions du FMI, l’Afrique connaît un bel essor économique. Mais certains pays réussissent beaucoup mieux que d’autres.

L’Afrique sur les traces de l’Asie ? Ce n’est pas un fantasme, mais la prédiction on ne peut plus sérieuse du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM) lors de leurs traditionnelles assemblées de printemps qui se sont déroulées à Washington du 15 au 21 avril. Alors que l’Europe frôle la récession et que les pays arabes se remettent difficilement de leurs révolutions, l’Afrique subsaharienne affiche une forme insolente. Selon les dernières prévisions du FMI, le produit intérieur brut (PIB) devrait y progresser de 5,6% en 2013 et atteindre 6,1 % l’année suivante. Surtout, cette croissance devrait rester soutenue et durable pour les meilleurs élèves du continent (Mozambique, Ouganda, Tanzanie et Rwanda). « S’ils continuent comme cela, d’ici à quinze ou vingt ans ces pays auront atteint le niveau de développement des nations émergentes asiatiques », souligne Roger Nord, directeur adjoint Afrique au FMI.

Dans la capitale américaine, il n’a pas été question que de pronostics. Les docteurs du FMI et de la BM se sont aussi penchés sur les pays malades. Au prix de mesures de restrictions et d’assainissement, le MaIi se remet doucement de sa crise politico-militaire. Les bailleurs ont promis une aide budgétaire de 320 millions de dollars en 2013. À cela s’ajoute l’aide-projet qui pourrait atteindre près de 300 millions. Résultat : 4,7% de croissance attendus cette année. Les donateurs se retrouveront en mai à Bruxelles pour approuver un programme d’aide qui devrait être encore plus ambitieux.

Opacité. En revanche, il n’y a guère d’espoir pour l’instant, en Centrafrique. « Notre personnel a été évacué, explique Antoinette Sayeh, directrice Afrique du FMI. En l’absence d’un gouvernement reconnu par la communauté internationale et d’un début de sécurisation du territoire, nos discussions sont suspendues. » Le FMI pourrait toutefois débloquer une assistance rapide si le pouvoir à Bangui s’engageait sur la voie d’un retour à la démocratie.

Autre pays dont le programme avec le FMI n’a pas été renouvelé en décembre dernier, la RD Congo joue une partie serrée. Boudé par les bailleurs en raison de l’opacité de ses contrats miniers, Kinshasa souhaite reprendre sa coopération. L’institution y est favorable à condition que les autorités s’engagent sur la voie des réformes pour améliorer la gouvernance et la transparence de ses industries extractives. Une mission d’experts se rendra sur place dans les prochaines semaines. Enfin, le FMI a lancé un avertissement au Maroc. Le pays avait bénéficié d’une ligne de crédit de 6,2 milliards de dollars en août dernier en échange d’une promesse de réduction de ses déficits et d’une réforme de sa caisse de compensation, notamment pour les produits pétroliers. Deux engagements que les autorités ne pourront visiblement pas tenir.

Pascal Airault, envoyé spécial à Washington

24 avril 2013

Lionel Zinsou : «L’Afrique a changé» (Les Afriques n°240 du 18/04/2013)

Lionel Zinsou, président de PAI Partners, intellectuel à la double culture, qui estime que le débat intellectuel africain sur l’économie et l’industrialisation gagnerait à évoluer et à rompre avec certains schémas, s’est prêté avec Les Afriques à un tour d’horizon des enjeux économiques du continent. Entretien.

Les Afriques (LA) : Comment pourrait- on présenter le fonds PAI Partners que vous présidez?

Lionel Zinsou (LZ) : C’est un fonds européen qui gérait au début le bilan de Paribas, d’où son nom à l’origine Paribas affaires industrielles. Nous avons hérité de cette tradition de mono-fonds européen, axé sur la France, le Benelux et l’Europe. Il y a une dizaine d’années, l’entreprise a été vendue par BNP à ses cadres dirigeants. Maintenant, on peut essayer de sortir de cette tradition mono-fonds. Nous sommes depuis janvier en phase de levée de fonds.

LA : Avez-vous des investissements sur l’Afrique ?

LZ : Pas de manière directe, notre vocation première étant l’Europe. Cela étant, on a beaucoup de salariés en Afrique, via les exportations de sociétés dont on gère les portefeuilles. C’est le cas par exemple de Suisse Porte (gestion aéroportuaire pour South African, Kenya Airways, Air Algérie, Egyptair). En France, PAI Partners est le premier fonds. Nous sommes classés troisième dans l’Europe continentale et dans le top ten de l’Europe. Nous gérons un portefeuille de 17 sociétés qui font 20 milliards d’euros et emploient 180.000 personnes, soit à peu prés la taille d’un groupe moyen du CAC 40. Environ 40% de notre volume d’activité se situe en France et les autres, européennes, autour de la France.

LA : Des fonds majeurs comme Carlyle Investissement sont maintenant en Afrique. Etes-vous de ceux qui pensent que le continent est entré dans une ère nouvelle ?

LZ : Il y a basculement, c’est vrai mais le développement des fonds d’investissement en Afrique présente trois caractéristiques. L’on commence à sortir de l’Afrique du Sud qui concentrait 90% du private equity en Afrique. C’est là où il y avait les plus grandes compagnies d’assurances du continent, les plus grandes banques, les plus grands fonds de pension. C’est ce qui explique la primauté du capital investissement en Afrique du Sud. Le phénomène est assez ancien, datant d’il y a 10 à 15 ans. Aujourd’hui l’Afrique du Nord est en essor. La 2ème caractéristique concerne l’environnement réglementaire qui est en train de changer. L’Ile Maurice reste probablement le pays qui a la meilleure plateforme juridique, devant l’Afrique du Sud, le Ghana, la Tunisie… Des efforts réglementaires sont en train de gagner d’autres pays. D’un point de vue réglementaire, il y a une volonté à autoriser les compagnies d’assurances et des institutions de développement comme la BAD à investir dans le capital investissement. La 3ème caractéristique concerne les banques, peu habituées à l’environnement du capital investissement. C’est difficile pour elles de prendre des ressources longues. Les marchés de la dette sont encore étroits et les marchés financiers sont encore expérimentaux. On aura en général moins de LBO en Afrique et plus de capital investissement.

LA : Pourquoi l’Afrique de l’ouest et l’Afrique du centre sont encore à la marge de cette tendance ?

LZ : Il y a quand même de l’évolution dans cette zone. Des équipes s’installent comme AFIG. Certes, c’est au Sud et au Nord du continent qu’il y a le plus de développement de l’activité du capital investissement. Entre les deux zones, on peut mentionner le Nigéria, le Cameroun et le Sénégal. En raison des caractéristiques de ces marchés, il y a moins de LBO et plus d’investissements dans les fonds propres. Les pays anglophones évoluent encore plus vite. Les limites de la dette et du marché financier sont des réalités assez francophones.

LA : Quelle est votre perception de l’essor économique de l’Afrique d’aujourd’hui ?

LZ : Il y a toujours un risque de ne pas sortir de la catégorie «low income» vers les « middle incomes ». La pauvreté a des effets de cercles vicieux. Peu d’éducations, peu d’externalité positive liée à la santé, moins de productivité, moins de recettes fiscales, moins de croissance. Il y a ce cercle vicieux qui a été brisé, mais qui existe, c’est ce que les économistes appellent la «poverty trap». Pour dépasser cette étape, nous devons engager des réformes de structure et du marché de travail. Ce qu’on appelle valeur ajoutée est la somme du travail, du capital et du progrès technique. Nos réformes stratégiques doivent concerner le marché des capitaux, le marché du travail, la recherche-innovation, l’appareil juridique. On ne fait pas de la croissance avec les mêmes instruments économiques. Le progrès passe par les réformes. Je dirai que l’Afrique a assez largement dépassé les problèmes de pénurie de financement, au moins pour les grands et moyens projets. Il reste encore à régler le problème de financement des PME, à réformer en faveur de l’efficience des marchés financiers. L’autre gros problème qui demeure est le secteur informel. Selon le BIT, nous avons un secteur salarié de 100 millions de personnes sur un milliard d’habitants, dont 500 millions d’actifs. Les coûts de passage de l’informel vers le formel ne doivent pas être prohibitifs. Le Rwanda dispose d’une bonne politique de création d’entreprises, avec peu de formalités et beaucoup de services accordés aux entreprises. Or, dans beaucoup de nos pays, rentrer dans le secteur formel c’est beaucoup d’ennuis et peu de services. Ce sont des formalités, des déclarations et du reporting. Dès lors, l’informalisme est très tentant, très rentable.

LA : Voulez-vous dire que l’informel est la conséquence de nos réglementations ?

LZ : Je veux dire que l’informel est lié aux coûts de création d’une entreprise. Des réformes judicieuses et un bon climat d’affaires créent une incitation très forte à intégrer le secteur formel. Dans la situation actuelle, l’informel est un facteur de vulnérabilité pour les économies africaines. Notre croissance sera moins forte si on ne prend pas compte tous les moyens pour assainir le climat des affaires. Aujourd’hui, on n’arrive pas à vaincre la pauvreté. Nous avons des situations où le nombre d’exclus progresse. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas plus d’africains qui sortent de la pauvreté. Cela veut dire que les classes moyennes progressent et les classes vivant dans les zones périurbaines ne progressent pas. Il y a de moins en moins de pauvreté et de plus en plus de pauvres. Il nous faut un niveau de développement très élevé, à la Singapourienne, à la japonaise, si on veut faire à la fois régresser le phénomène de pauvreté et le nombre de pauvres. Il faut faire croître les classes moyennes supérieures solvables.

LA : Vous évoquez des pays de l’Asie du Sud-Est. Comment expliquez-vous le gap qui s’est creusé entre ces pays et l’Afrique ?

LZ : C’est en partie le produit de l’histoire. Nous avons eu des méthodes d’administration très différentes 100 ans avant l’indépendance. L’Afrique a été conçue dans la division internationale du travail pour ne pas avoir d’industrie et de secteur tertiaire fort. Nous avons subi une économie de la traite. La seule période où la traite humaine est devenue moins importante a coïncidé, vers les indépendances, avec la rente de l’agriculture et du secteur minier. Par conséquent, il y a un héritage différent de celui de la plupart des pays d’Asie. L’Afrique n’a pas eu d’infrastructures léguées hormis celles nécessaires à l’exportation des minerais. En Afrique, les chemins de fer desservent les mines et les gares. Autre paradoxe, il y a très peu d’énergie alors que c’est le continent, où il y a le plus de réserves de pétrole, de gaz et de charbon, ainsi que les réserves hydriques. L’on estime qu’il reste en Afrique 96% du potentiel hydroélectrique encore non exploité. A l’indépendance, et contrairement à l’Asie, l’Afrique n’avait pas d’investissements dans les infrastructures, l’industrie et l’eau. Ce n’était pas nécessaire puisque la division du travail accordait à l’Afrique le rôle d’exporter des matières premières et d’importer des biens de consommation. C’est tout d’un système de maison de trading colonial. Il n’y a pas de capital, pas de classe moyenne, très peu de secteurs privés. Or qu’est-ce qui a impulsé le développement de l’Asie ? Le meilleur agent à mieux de le faire c’est l’Etat. A ce propos, je dirai que le miracle ivoirien des années 60, qui reposait sur l’agriculture, ne pourrait pas se reproduire aujourd’hui. Cela a été possible par exception et uniquement grâce à l’Etat. Or, l’Etat ne peut pas soutenir efficacement des entreprises pendant des décennies. Ce qui est quand même apparu dans les dernières années ce sont les groupes privés qui remplacent les groupes publics. Les conditions sont en train de se mettre en place petit à petit. Au passage, pour un certain nombre de secteurs, les marchés africains sont fragmentés. Cela dit, l’intégration régionale est en train d’aller plus vite. Il faut des facteurs de production compétitifs et des débouchés de la production. Les choses sont en train de se faire brique par brique. L’Afrique est en vulnérabilité temporaire. On pourra répliquer certaines des méthodes adoptées par les pays asiatiques pour sortir du sous-développement.

LA : La montée des émergents en Afrique soulèvent beaucoup de questions. Menaces ou opportunité?

LZ : C’est un phénomène globalement positif. Les émergents ont créé de la concurrence et de l’émulation. Si la Chine n’avait pas adopté un trend très rapide, multipliant ses échanges avec l’Afrique par 10 en 10 ans, les occidentaux continueraient d’être en Arrêt sur images sur l’Afrique. La Chine permet aux anciens partenaires de se poser des questions : qu’est-ce que les chinois trouvent de bénéfique à travailler avec les africains et pas nous ? Qu’est-on en train de rater ? D’autre part, cette concurrence concerne tous les strates, y compris les concours des grandes institutions bilatérales. Par ailleurs, il faut le dire, il y a une fierté particulière d’échanger avec les pays en développement. Tout cela est très bénéfique. On avait besoin de débouchés nouveaux, on les a. On avait besoin de financements adaptés, on les a. Les chinois vont très vite, avec des financements très généreux en termes de durée. Ils sont capables de délivrer les fonds plus rapidement et pas en deux ans comme c’est le cas de certaines institutions. Cette souplesse correspond aux besoins des entreprises et des Etats africains. Cette montée des émergents est appréciée diversement en Europe où l’on craint le péril jaune et on pense que l’Afrique est en train d’être achetée par les chinois. Mais l’intérêt chinois pour l’Afrique ne se cantonne pas aux seules domaines des matières premières, puisqu’il est aussi financier (prises de participation dans la première banque d’Afrique du Sud – la Standard Bank – et dans la première banque du Nigéria, la United Bank for Africa). La Chine investit aussi massivement dans les infrastructures. En dehors de la Chine, nous avons les indiens qui investissent dans le e-learning et les brésiliens qui, à l’image de Petrobras, ont des projets de biocarburants. Donc, qualitativement et quantitativement, l’apport des émergents à l’Afrique est important. Ayant dit cela, il faut faire attention. Les gouvernements sont contents d’une concurrence entre bailleurs de fonds et investisseurs. Ils savent qu’au fond le phénomène chinois n’est pas une recolonisation. Parce que la colonisation est phénomène qu’on connaît bien, et qui consiste en l’inégalité des statuts juridiques et, notamment, l’absence de capacité de légiférer pour l’Etat souverain. La colonisation est un système politico-juridique, dans lequel on est assujetti. Tel ne me paraît pas être le cas de la Chine en Afrique…

LA : Etes-vous en train de répondre au gouverneur de la banque centrale du Nigéria, Sanusi Lamido, qui a assimilé récemment la présence chinoise à la colonisation ?

LZ : La colonisation chinoise est un mythe. C’est vrai que ce pays est un investisseur important en Afrique, mais il n’en est pas le premier investisseur. Les chiffres de 2008 et 2009 ressortent en effet qu’elle est devenue premier investisseur en Afrique, en termes de flux mais, pour l’instant, elle ne l’est pas en termes de stocks. Il y a un phénomène d’opinion publique qui ne comprend pas la valeur ajoutée des projets financés par les chinois en Afrique. De voir arriver la main d’œuvre chinoise (parfois la main d’œuvre carcérale) n’est pas tellement bien vu dans un continent à fort taux de chômage. Les opinions publiques pensent à une démarche impérialiste. De plus, les chinois concurrencent certaines de nos productions (textile en Afrique du Nord), créent peu d’emplois et ne respectent pas les dispositions du travail. Les opinions publiques et les syndicats leurs sont de ce fait hostiles. La Chine n’est certainement pas un colonisateur, mais elle pourrait être un sujet dominant. L’Afrique a besoin des pays émergents qui représentent aujourd’hui la moitié du commerce mondial.

LA : Quid alors des anciens partenaires africains, France, Grande Bretagne et USA ? Sont-ils en déclin dans leurs échanges avec l’Afrique ?

LZ : Il y a un déclin des puissances coloniales historiques et des puissances non coloniales comme les USA qui ont une histoire assez proche des anciens colonisateurs de l’Afrique. En valeur relative, ce déclin n’est pas inquiétant. En valeur absolue, le stock détenus de capital par la France est 18% du stock des capitaux en place, ce qui est beaucoup pour un pays qui ne pèse que 3% à 4% du commerce mondial et 1/25e du PIB mondial. La grande Bretagne détient pour une fourchette allant de 18% à 20%, devant les USA. La Chine est encore loin dans ce classement, après la Grande Bretagne, la France, les USA, le Portugal et l’Afrique du Sud. L’Empire du Milieu vient même après la Grèce qui a toujours eu des positions très en Afrique de l’Est, aux côtés des marchands indiens. C’est dire que ce déclin des anciens partenaires est plus relatif qu’en valeur absolue. Les maisons-mères des filiales africaines sont encore européennes. Total est le premier producteur de pétrole en Afrique, devant Shell et BP. Les opérateurs de téléphonie qui commencent à être challengés par les marocains et marginalisés par les sud-africains sont encore là, à savoir Téléfonica, Portugal Télécom, France Télécom, Vivendi. Le stock de capital, détenu par ces anciens partenaires, s’apprécie aussi dans les infrastructures, les centrales électriques, les raffineries. L’économie de la France-Afrique, ce n’est pas Perissac, CFAO, France Telecom. Les nouveaux acteurs s’appellent GDF Suez, Alstom, Total, Cap Gemini. L’Afrique est maintenant normalisée. Tous les secteurs sont représentés, des usines Nestlé à Danone, Unilever … Certes les parts de marché des anciennes puissances baissent. La Chine représente 15% des échanges de l’Afrique avec le monde. L’apparition de nouveaux acteurs est une réalité. Quand vous voyez que CFAO est vendue à Toyota, on voit qu’il y a de la diversification en cours. Le jour où l’Europe se réveillera, cela fera plus d’investissements, plus d’industries, moins de cotons et plus de voitures et de produits agroalimentaires transformés. Fondamentalement, l’Afrique n’a pas besoin de l’Europe pour décoller. La preuve, le continent réalise une croissance de 5% alors que l’Europe est à zéro. Pendant longtemps, l’Afrique était considérée comme un fardeau.

LA : Comment le débat intellectuel africain a appréhendé toutes ces mutations ?

LZ : Le débat des intellectuels africains est beaucoup plus ancien, favorable au protectionnisme post-industrialisé, derrière les barrières défensives. C’est un schéma des années 30. Le débat est nationaliste. Or, aujourd’hui ce qui compte c’est d’avoir les centres de décision chez soi et l’Afrique les a repris. Total est le premier producteur de pétrole en Afrique. Le continent contribue pour 40% dans le résultat du Major français. Ce sont Sonatrach, Sonangol et la Nigérian Oil Corporation qui en bénéficient. En réalité, l’Afrique entre en possession d’elle-même. Le partage de la valeur ajoutée des produits d’hydrocarbures c’est Noks, Sonatrach et Sonangol. Le débat sur la victimisation de l’impérialisme est très ancien. Notre amie Aminata Traoré (NDLR : altermondialiste, écrivain et militante des droits de l’homme) parlant du Mali estime que nous sommes dans l’échange international injuste. C’est un débat des années 70 qui nous replonge dans l’époque, où on lisait Samir Amine en disant que le seul avenir du développement est le sous-développement. L’Afrique a aujourd’hui les moyens de reprendre et de renégocier les contrats miniers léonins. On renégocie tous les contrats sous financement de la banque mondiale. Cette reprise en main de soi sera intégrale peut être dans dix ans. Mais c’est déjà largement fait pour les hydrocarbures, le pétrole et le gaz. Ce n’est pas encore fait pour les métaux, les terres rares. Le partage de la rente est aujourd’hui différent même si l’impérialisme n’est pas mort.

LA : Le débat intellectuel africain n’a-t-il pas évolué puisqu’il est plus question de l’industrialisation ?

LZ : Mais là encore, faisons attention. Un autre débat est de considérer l’Afrique, prise dans la division internationale du travail, apportant des fragments de valeur ajoutée comme entre l’Europe de l’Est et le reste de l’Europe. Cela prendra du temps. Un jour, on exportera des produits semblables à ceux qu’on importe. Pour l’instant, la phase d’industrialisation n’est pas encore une phase où on demande d’être compétitif au niveau mondial. Le vrai sujet aujourd’hui est de produire des réponses à une société en forte croissance. Cette industrialisation est d’abord domestique. Mais, il ne faut pas faire fausse route, c’est mieux d’exporter des bidons d’huile de palme que des tourteaux, du diamant taillé que du brut, des fils de cuivre que le minerai dans sa gangue. Mais ce n’est pas cela qui est caractéristique de la période actuelle. C’est mieux de transformer des fèves de cacao et d’importer de la poudre de cacao et du beurre de chocolat. Le groupe Cemoi, en Côte d’Ivoire et au Ghana, ont remonté la chaîne des valeurs. Attention, le solde peut être négatif, compte tenu de tout ce qu’il faut importer pour transformer. Selon les estimations, 45% de la valeur du commerce mondial (OMC) sont des importations réexportées. Il y a un bilan net à dresser sans passion. L’on peut remonter la filière mais, à mon humble avis, l’avenir des emplois de la Côte d’ivoire ce n’est pas de fabriquer des chocolats. C’est d’avoir une industrie agroalimentaire qui produise ce que les gens consomment (produits carnés, oléagineux, l’huile pour la sauce). La croissance est toujours endogène. Quand les intellectuels africains rêvent sur les barrières, ils regardent l’Afrique avec des yeux étrangers.

Propos recueillis à Paris par Adama Wade

22 avril 2013

Aérien : toujours plus (Jeune Afrique n°2727 du 14/04/2013)

Des prestations de haut vol

Les transporteurs desservant l’Afrique déploient des trésors d’ingéniosité pour séduire et fidéliser la clientèle « premium ». Tour d’horizon des innovations.

Selon l’Association, internationale du transport aérien, la classe affaires représente 8% des passagers, mais 30% des recettes. Une manne à bichonner. Les leaders historiques (Air France-KLM, Lufthansa, British Airways) ont une longueur d’avance et proposent une classe affaires sur la plupart de leurs vols vers l’Afrique. Mais « les compagnies africaines telles qu’Ethiopian Airlines, South African Airways ou Kenya Airways rattrapent peu à peu leur retard, notamment via leurs alliances ou en renouvelant leur flotte », indique Délia Bergonzi, directrice générale du cabinet spécialisé Ectar.

Enfin, les transporteurs du Golfe (Etihad Airways, Qatar Airways, Emirates…) offrent une qualité de service en classe affaires équivalente ou supérieure aux compagnies historiques. Quelques bémols cependant : vers l’Afrique, leurs vols sont moins réguliers, jamais directs depuis l’Europe et avec des dessertes moins nombreuses. « Depuis 2011, toutes les compagnies desservant l’Afrique montent en gamme dans les services offerts en business class » explique Délia Bergonzi. Voici un aperçu des innovations destinées à la clientèle d’affaires.

En cabine : du siège au lit. Depuis mars, toute la classe affaires de Brussels Airlines a été renouvelée. En tête des innovations, le full flat-bed seat, un siège qui se transforme en lit parfaitement horizontal de deux mètres de long. Le fauteuil est doté d’un matelas pneumatique pour régler le moelleux, d’un massage relaxant et d’un réglage lombaire. Le tout assorti d’un système de lumière d’ambiance aux reflets bleus.

FuIl flat-bed seat aussi chez British Airways depuis 2006, ainsi que chez Swiss International Airlines, qui dispose d’ailleurs de la même technologie pneumatique que son homologue belge. Chez British Airways, la décoration intérieure a été rafraîchie, avec un nouvel éclairage et une palette gris et bleu marine. Couettes épaisses, coussins damassés Osborne & Little et parois de confidentialité à commande électronique sont aussi disponibles.

La classe affaires d’Air France-KLM a quant à elle été rénovée en 2010, mais sans fuIl flat-bed seat. Dès 2014, la compagnie rééditera cet effort pour se placer « dans les plus confortables, avec un nouveau siège horizontal, en cours de conception pour un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros », indique Air France.

Dans l’assiette : menus de chefs. La plupart des compagnies prennent en compte les interdits alimentaires propres à l’islam. Mais Qatar Airways et Emirates vont encore plus loin, en proposant des repas répondant à une quinzaine de « contraintes diététiques particulières si l’on prévient soixante-douze heures avant le départ ». Toutes les compagnies ou presque offrent le champagne et une carte des vins plus ou moins étoffée.

Swiss se distingue avec des vins sélectionnés par l’œnologue Chandra Kurt et des plats imaginés par des chefs issus de chaque canton suisse, renouvelés tous les trois mois. Air France-KLM offre le champagne même en classe éco, et un chef différent (Guy Martin, Joël Robuchon, Michel Roth…) élabore, tous les six mois, l’un des quatre plats de la classe affaires. Une pratique désormais imitée par British Airways. La plupart des transporteurs proposent également des buffets sucré-salé en libre-service pendant toute la durée du vol.

High-Tech : toujours connectés. Brussels Airlines s’enorgueillit de son écran tactile de 39 cm avec commande à distance et prise casque standard. En outre, un port USB pour recharger ses appareils, connecter son ordinateur ou regarder ses propres vidéos est disponible. Emirates propose quant à lui jusqu’à 1400 films – un record comparé à la centaine de British Airways ou même aux 900 de Qatar Airways. Les deux compagnies du Golfe permettent également, sur certains avions, d’émettre et de recevoir des appels téléphoniques, des e-mails et des SMS en vol. Un service en expérimentation dès cette année chez Air France-KLM, qui offrira aussi à terme « la transmission en direct démissions de télévision ». Autre particularité de la compagnie franco-néerlandaise : la mise à disposition d’une quinzaine de CD d’artistes africains.

Au sol : spa et massages. À Paris, Air France-KLM a mis sur pied une équipe spécialisée dans l’accueil des passagers africains. Ces clients bénéficient aussi d’une franchise bagage deux fois supérieure à la normale, tout comme chez Lufthansa. En outre, British Airways, Lufthansa et Air France-KLM préviennent les clients via leurs téléphones portables en cas de retard, de problème de bagages ou de changement de porte d’embarquement après enregistrement.

Désormais, la plupart des compagnies proposent des services de pré-enregistrement et d’accueil prioritaire de la classe affaires, qui bénéficie d’espaces réservés dans les aéroports de Francfort pour Lufthansa, Roissy- Charles-de-Gaulle pour Air France et Heathrow pour British Airways. Un spa est même en libre-service pour la clientèle d’affaires de la compagnie britannique, tandis que des massages sont proposés par Air France-KLM.

« En Afrique, notre ambition, c’est de tirer le meilleur parti des infrastructures existantes », indique-t-on chez Air France-KLM. À Port-Harcourt, au Nigeria, pendant les travaux de rénovation de l’aéroport, la compagnie française a ainsi converti des conteneurs en salles d’attente et d’enregistrement climatisées.

Brice Tahouk

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Croissance à deux chiffres pour les jets d’affaires

Entreprises et gouvernements du continent ont de plus en plus recours à ces petits avions. Une aubaine pour les compagnies spécialisées.

Mercredi 30 janvier 2013. Un jet flambant neuf atterrit à I’aéroport Ndjili, à Kinshasa. À son bord, la direction de Vistalet. Objectif: présenter la compagnie et afficher sa nouvelle priorité, l’Afrique. Avec plus de 400 vols depuis et vers le continent l’an dernier, Vistajet croît rapidement. Depuis deux ans, l’entreprise affiche un chiffre d’affaires en hausse de 25%. « En 2013, nous devrions dépasser les 30% de croissance en Afrique », assure Ian Moore, son directeur commercial. Pas forcément de quoi inquiéter ses concurrents pour autant. « C’est un marché très attractif, avec un potentiel de croissance annuelle à deux chiffres », explique Florent Sériès, vice-président charter services de TAG Aviation Europe. Cette société a effectué 960 vols vers le continent en 2012, tandis que Netjets en a réalisé plus de 1000 (+12% en un an).

Haut de gamme. Moyennant 4500 à 7000 euros l’heure de vol sur des appareils de 7 à 17 places, seuls trois types de clients ont recours aux jets d’affaires : les dirigeants d’entreprises occidentales, les délégations gouvernementales et enfin, les industriels et hommes d’affaires africains. « L’Afrique a la particularité d’être divisée en trois marchés distincts: le Maghreb, l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Sud », détaille Clément Lauriot-Prevost, directeur associé de NetJets. Les règles d’accueil des jets d’affaires sont très variables selon les pays, et la demande est généralement proportionnelle à la vigueur de l’économie. Sans surprise, les jets desservent notamment les pays producteurs de pétrole. « Le Nigeria, le Gabon, l’Angola et le Congo ont le plus grand potentiel de croissance », détaille Clément Lauriot-Prevost.

Pour Florent Sériès, la prochaine étape serait d’installer une base sur le continent. « Nous étudions le sujet avec beaucoup d’intérêt et un peu d’appréhension, reconnait-il. Nous nous devons d’offrir un service haut de gamme, mais c’est difficile dans certains pays. » En cause, le manque d’infrastructures ou les lenteurs administratives. En attendant, TAG Aviation dessert tous les pays, sauf en cas de conflit : si la guerre fait généralement sombrer l’économie, elle fait également fuir les expatriés.

Brice Tahouk

19 avril 2013

Interview de Hassan Ahdab, Vice-président du groupe Starwood, directeur régional des opérations Afrique et océan Indien : « Nous rattrapons le retard dû aux révolutions » (Jeune Afrique n°2727 du 14/04/2013)

Selon le vice-président de Starwood, les sérieux ralentissements connus en 2011et 2012 s’estompent, même en Égypte. La reprise est bien là.

Depuis 2006, Hassan Ahdab est vice-président et directeur régional des opérations pour l’Afrique et l’océan Indien de Starwood Hotels & Resorts, qui compte 37 établissements sur le continent. Ce Français né en Syrie a fait l’essentiel de sa carrière au sein de la chaîne Le Méridien, l’une des marques phares du groupe aujourd’hui. C’est même là que, après des études supérieures suivies à Damas, il a commencé sa carrière en 1977, occupant divers postes financiers et opérationnels lorsque la chaîne était encore une filiale d’Air France. À partir de 1992, il a dirigé Le Méridien de Libreville puis celui de Saint-Martin, avant de superviser la zone Caraïbes. Il a ensuite été chargé de l’Afrique et de l’océan Indien pour la même marque. Après le rachat de la chaîne par Starwood en 2005, il a poursuivi cette mission pour les neuf enseignes du groupe.

Jeune Afrique (JA) : que pèse l’Afrique dans le portefeuille de Starwood?

Hassan Ahdab (HA) : Nous avons 37 hôtels opérationnels sur le continent, répartis dans 15 pays différents. Des marques telles que Sheraton et Le Méridien y sont très bien implantées, avec 32 établissements à elles seules. Cela représente plus de 10.000 chambres mises à la disposition de nos clients chaque jour. Bien sûr ce n’est pas en Afrique que le groupe est le plus présent au niveau mondial – puisque nous comptons près de 1200 hôtels au total -, mais c’est probablement la zone qui présente le plus fort potentiel. À l’heure actuelle, nous y menons 15 projets, qui se trouvent à différents stades de développement. Parmi eux, quatre Sheraton – à Tripoli, Annaba, Dakar et Madagascar – et quatre Four Points – à Oran, Lagos, Benin City et Ibadan.

JA : Pourtant, en 2013, vous n’avez annoncé qu’une seule ouverture, celle du Méridien de l’aéroport du Caire…

HA : Ce n’est pas tout à fait exact. Un Méridien va effectivement ouvrir au Caire en septembre, mais trois établissements, arrêtés en 2012, vont être remis en service. L’hôtel Sheraton du Caire et le Grand Mauritian à l’île Maurice ont été entièrement rénovés. Enfin, le Four Points de Tripoli devrait rouvrir fin mai, alors qu’il avait fermé quatre semaines après son ouverture en raison de la révolution. Cela fait donc quatre ouvertures pour 2013. Puis six en 2014 et quatre autres dès 2015. La situation économique et les révolutions ont un peu ralenti les constructions, mais notre déploiement a maintenant repris son cours.

JA : En 2012, les effets des révolutions se faisaient-ils encore sentir?

HA : Oui, indéniablement, et surtout en Égypte, pays incontournable pour nous. Répartis entre Le Caire et la mer Rouge, nous y comptons dix hôtels, et trois autres en construction. En 2011, l’activité s’y était quasiment arrêtée. La reprise l’année suivante, de l’ordre de 30%, était encore très loin des niveaux d’avant la révolution. Nous anticipions un retour à la normale plus rapide. L’année 2012 n’a pas été très bonne – et les mauvaises performances égyptiennes ont neutralisé les petites embellies constatées ailleurs.

JA : Vous attendez des changements majeurs cette année?

HA : Nous constatons un retour de la confiance, et le tourisme reprend en Égypte. C’est déjà le cas progressivement autour de la mer Rouge. Et avec les hôtels de Maurice et du Caire qui vont reprendre du service, 2013 sera une très bonne année.

JA : Vous allez doubler votre présence au Nigeria en ouvrant quatre hôtels dans les trois prochaines années. Est-ce votre nouveau pays stratégique?

HA : Le Nigeria a le même rythme que l’Égypte. Nous croyons beaucoup en ce pays, en sa capacité à se moderniser et à attirer les touristes. L’objectif est effectivement de double, voire de tripler notre présence sur place. Mais le Nigeria est loin d’être une priorité unique.

JA : Quels sont vos axes de développement?

HA : Nous introduisons de nouvelles marques sur le continent. Après Westin et Four Points, le premier St Regis a ouvert à l’île Maurice. Nous voulons nous développer davantage en Afrique de l’Est et en Afrique Centrale, et rééquilibrer notre répartition géographique. Les discussions sont bien avancées en Tanzanie, au Kenya ou encore au Rwanda. Dès 2014, nous pourrons présenter une dizaine de nouveaux projets et presque autant de nouveaux pays.

JA : Quel est le profil de votre clientèle dans la région?

HA : Elle se répartit à égalité entre touristes et hommes d’affaires. Ces derniers ont accès au programme de fidélité Starwood Preferred Guest (SPG) et bénéficient de traitements préférentiels – séjours ou vols offerts, invitations à des événements culturels ou sportifs – ainsi que de la garantie du meilleur tarif sur SPG.com.

Propos recueillis par Sébastien Dumoulin