Alexandre Vilgrain : « Les entreprises hexagonales en ont marre de la Françafrique » (Jeune Afrique n°2752 du 06/10/2013)

Pour le président du Conseil français des investisseurs en Afrique, il est urgent d’en finir avec les pratiques d’un autre âge et de se lancer dans la diplomatie économique.

Quatrième invité de la grande interview réalisée conjointement par Jeune Afrique et RFI, Alexandre Vilgrain, président du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), analyse le recul de la France et de ses entreprises sur le continent. Celui qui est aussi PDG du groupe agro-industriel Somdiaa livre par ailleurs son opinion sur l’épineuse question de l’agriculture au sud du Sahara, dont les États africains sont loin d’avoir fait une priorité…

Le retour des entreprises françaises : « Tout le monde parle de l’Afrique, veut y aller… Les choses bougent: Carrefour souhaite s’y installer, L’Oréal, qui vient d’adhérer au Cian, y a sans doute des projets. Cela me rappelle la Chine dans les années 1980. Personne ne s’y risquait, et soudain, tout le monde s’est lancé. »

La Françafrique : « Les responsables politiques français ont tendance à attribuer tous leurs problèmes aux entreprises. Qui est derrière la Françafrique? D’où venaient les valises africaines ? Allaient-elles de France en Afrique ou était-ce l’inverse? À qui étaient-elles destinées ? Les entreprises françaises installées sur le continent en ont marre de la Françafrique. Nous n’apprécions guère de voir des missi dominici des hommes politiques qui n’ont plus de mandat aller et venir… Cela brouille l’image de la France. »

Le climat des affaires : « Les gouvernements africains doivent se montrer constants dans leur politique. En l’absence de cadre juridique stable, aucune entreprise n’est tentée de venir. Ce qui a fait la fortune de l’Asie, c’est Lee Kuan Yew, l’ex-Premier ministre de Singapour. Il a fait du respect de la parole donnée une règle. À partir du moment où une décision est prise, il faut s’y tenir. »

La sécurité : « Cette question est importante et nous interpelle. Nous suivons de près ce qui se passe au Nigeria, au Mali, dans le nord du Cameroun, en Centrafrique… C’est assez angoissant. Je n’y prêtais pas attention avant. Maintenant, si. »

L’agriculture : « Les États la négligent, et c’est criminel. Certes, la production augmente. Mais le marché mondial pose problème. Produire soi-même demande des efforts et la protection des industriels a un coût. Les gouvernements africains sont inquiets, car les révoltes naissent du mécontentement face à la hausse des prix des denrées agricoles et à l’arrêt des subventions. Il faut en finir avec cette dictature du consommateur. Si l’on ne protège pas l’industrie agricole, la production viendra du Brésil. Une politique commune est nécessaire »

La question du foncier : « En Afrique, plusieurs types de droits se superposent : le droit coutumier, les droits de l’Etat dans les pays anciennement communistes et les droits liés à l’usage… Il faut procéder intelligemment. »

La diplomatie économique : « C’est justement ce que nous réclamons. Les mentalités changent en France, sous l’impulsion de Laurent Fabius. Les ambassadeurs nous soutiennent et prennent même parfois les devants. »

Propos recueillis par Frédéric Maury (JA) et Frédéric Garat (RFI)

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