L’illusion des investissements étrangers en Afrique (Les Afriques n°261 du 07/11/2013)

L’Afrique est-elle le nouvel Eldorado des affaires et prendra-t-elle le relais pour tirer la croissance mondiale comme ce fut le cas des pays émergents représentés par Russie, Chine et l’Inde. Peut-elle capter une partie des capitaux qui fuient les pays émergents, ces temps suite aux ralentissements de leur croissance.

L’Afrique est-elle le nouvel Eldorado des affaires et prendra-t-elle le relais pour tirer la croissance mondiale comme ce fut le cas des pays émergents représentés par Russie, Chine et l’Inde. Peut-elle capter une partie des capitaux qui fuient les pays émergents, ces temps suite aux ralentissements de leur croissance. Il ne faut pas se faire d’illusion, mais la structure politique et sociale de l’Afrique est largement différente de la plupart des pays émergents qui ont tiré la croissance mondiale ces dernières années. Certes l’Afrique présente un énorme potentiel de développements, mais la crise économique et financière que traverse toujours le monde a changé le profil des investisseurs en capitaux et leur manière d’orienter leurs investissements dans le domaine du développement.

Si l’Afrique a profité les 5 dernières années de flux d’investissement importants, la tendance d’avenir dépendra en premier lieu de la structure future des marchés de capitaux africains, de la gouvernance publique et de la stabilité financière.

En effet, les bailleurs fonds publics dépendants des Etats occidentaux voient de plus en plus leurs moyens baisser et limiter, conséquences des problèmes budgétaires et de croissance que connaissent ses pays. Les pays développés, sous la pression du chômage et des déficits publics sont en train d’insister leurs investisseurs et entreprises multinationales (à quelque exception prêts) à limiter leurs investissements à l’étranger en contrepartie de mesure protectionniste pour leurs assurer des parts de marchés sur les marchés traditionnels. Les investisseurs en capitaux qui investissement directement dans des projets de développement et indirectement via des véhicules financiers locaux ou autres formes de partenariats publics-privés durcissent de plus en plus leurs critères de choix des zones d’investissements. Les critères nécessaires pour accueillir des capitaux d’une manière durable et pouvant aider l’Afrique a instauré durablement le développement des infrastructures et promouvoir et positionner l’Afrique comme pays exportateurs de produits et non uniquement les ressources naturelles sont sur un plan opérationnel (Vision investisseurs et non bailleurs de fonds) :

• Des marchés de capitaux efficients et totalement intégré aux marchés financiers internationaux,

• Une amélioration de la gouvernance et une stabilité politique avec à la clé l’amélioration du rating des différents pays et Groupe Africain,

• L’amélioration des risques pays, l’amélioration des délais de paiement et le risque crédit.

Les experts s’accordent à dire que le succès économique de l’Afrique à long terme est intrinsèquement lié à la réussite de développements de ses marchés de capitaux. Leur développement est condition nécessaire pour exploiter le potentiel dont regorge ce continent. Depuis la crise politique en Egypte, le marché des capitaux africains restent tiré et dominé par l’Afrique du Sud, le Maroc et le Nigéria. A elle seule, l’Afrique du Sud représente 80% de la capitalisation boursière et 50% des émissions obligataires publiques et privés. Seuls l’Afrique du Sud et le Maroc ont pu introduire et crée une règlementation pour proposer des produits de couvertures et de placements indexés sur des références internationales et pouvant dès lors améliorer la gestion des risques financiers et sécuriser les investisseurs notamment étrangers pour certains risque, notamment celui du change. Attirer des capitaux de pays développés qui servent d’investissement à caractère long terme suppose que les marchés doivent répondre à certaines normes exigés par les règlementations des pays d’origine de l’investissement surtout les pays dits développés :

• Le bon fonctionnement des systèmes de régulation, de conformité et de suivi des risques des marchés de capitaux. En effet, les investisseurs sont plus à l’aise avec des marchés efficients. La liquidité, le fonctionnement des marchés selon les règles de concurrence pure et parfaite et la déontologie et le respect des réglementations, la gestion des risques «Conformité» la transparence et le respect des normes exécutoires des contrats sont des conditions sine qua non aux bons fonctionnements des marchés de capitaux. Malheureusement, on constate que la plupart des marchés financiers africains «hormis l’Afrique du sud et dans un degré moindre le Maroc» respecte des règles de conformité,

• L’automatisation des marchés de capitaux africains en adoptant rapidement les systèmes électroniques de transactions et de dénouements des opérations. En plus de réduire les coûts de transactions, baisser les risques opérationnels ; l’automatisation des systèmes augmente la liquidité des marchés. Hormis le Nigéria, le Maroc et l’Afrique du Sud qui ont fait des avancées considérables dans ce sens, les autres bourses et place financières africaines demeurent en retard dans la mise en œuvre de systèmes automatisés,

• Le développement d’instruments financiers innovants, en particulier ceux qui s’adressent aux petites et moyennes entreprises, c’est-à-dire à la majorité des entreprises existant sur ce continent mais qui sont trop souvent cantonnées au secteur informel en raison de l’inadéquation des services financiers.

En plus du développement des marchés de capitaux, le défi pour l’Afrique reste l’amélioration de son niveau de risque pays, le rating de ses états membres et des entreprises pour pouvoir attirer des capitaux étrangers lors des émissions de titres. En plus l’Afrique reste très en retards en termes d’application des directives anti-blanchissements d’argent «Anti money laundering» qui découragerait plusieurs investisseurs notamment les investisseurs financiers originaire des pays développés. La prévention de l’utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme établit le cadre destiné à protéger de ces menaces la solidité, l’intégrité et la stabilité des établissements de crédit et des autres établissements financiers, ainsi que la confiance dans le système financier laisse peu de marge de manœuvre aux investisseurs de capitaux dans la destination de leurs investissements. La corruption en Afrique est un problème pour l’investissement étranger, mais il n’est pas localisé en Afrique uniquement. Il faut noter qu’un certain nombre de nations Africaines ont des niveaux de corruption plus faibles que des pays émergents plus matures. La plupart des pays de la région sont moins corrompus que la Chine l’Italie ou le Brésil.

Prenons l’exemple de Nestlé, Unilever et Standard Chartered ont des activités en Afrique depuis 100 ans bien que leurs normes anti-corruption internes soit particulièrement restrictives.

Vu ses éléments, l’enjeu peut-être que l’Afrique puisse mobiliser les excédents de ressources financières dont dispose certains pays du continent vers le financement des projets et des stratégies de développements à long terme, à travers des marchés financiers intégrés sur un plan régional et un plan continental. L’exemple du Kenya, de l’Afrique du sud et Nigéria qui ont des économies classées parmi la vingtaine des plus grands investisseurs dans le reste du continent est éloquent. Hormis le Maroc, l’Afrique du Nord demeurent moins impliqué dans les investissements en Afrique malgré les énormes excédents dont dispose l’Algérie et la Libye. L’intégration économique de l’Afrique du Nord est une entrave à la création d’un marché de capitaux pouvant aider à l’intégration des autres marchés financiers des autres zones de l’Afrique. Le projet Casa Finance City de créer une zone financière offshore est intéressantes mais devra peut-être s’intéresser aussi à attirer des investisseurs et bailleurs de fonds du continent dans la logique de coopération Sud-Sud. D’ailleurs, ce constat a été confirmé par l’étude réalisée par le cabinet Ernst & Young en 2012 qui a fait un portrait intéressant des pays et des sociétés les plus engagées sur le continent. Il ressort de cette étude qu’il y a eu un changement radical dans les dix dernières années et les Africains ont voulu participer à part entière au développement de leur continent en offrant eux-mêmes des solutions aux challenges de l’Afrique. De même, les pays émergents sont rapidement devenus des acteurs de premier plan avec une contribution passée de 99 projets en 2003 à 538 en 2011 contre 319 pour les économies développées. L’Inde ressort de ce classement comme étant le quatrième plus gros investisseur en nombre de projets depuis 2003, après les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. Au niveau des entreprises, les principaux investisseurs en Afrique ont été la banque portugaise Banco BPI, la banque panafricaine Ecobank, et le conglomérat indien Tata Group. À ces groupes il faudrait joindre d’autres multinationales fortement impliquées dans de nombreux projets de prospection et de développement dans l’énergie et les mines.

Outre les emprunts de capitaux à réinvestir dans les infrastructures et d’autres programmes de développement, d’autres secteurs offrent des options d’investissement attrayantes et les spécialistes estiment le tourisme, les produits de consommation, la construction, les télécommunications et les services financiers sont des secteurs qui auront besoins d’investisseurs étrangers et de levée de fonds.

En conclusion, l’avenir des investissements étrangers en Afrique s’inscrivent dans le cadre des partenariats sud-sud, ou les investisseurs peuvent être moins regardant sur certains risques (politique, gouvernance, défaut de paiement, etc.) et nécessitent une révolution des marchés de capitaux et leurs intégrations régionales, l’Afrique du Nord et plus généralement l’Afrique Francophone aidera certainement l’Afrique a drainé des capitaux s’il s’intègrent sur un plan économique et financier et créera un bloc d’investissement comme celui crée par le Kenya, le Nigéria et l’Afrique du Sud.

Abdelaziz Enasri, Paris Docteur en Econométrie et Executive MBA Consultant financier international

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :