12 novembre 2013

Hassan Ali Joho, Gouverneur de la ville de Mombasa au Kenya : «L’ensemble de nos échanges annuels ont atteint les 900 millions de dollars …» (Les Afriques n°261 du 07/11/2013)

Hassan Ali Joho parle des ambitions du port de Mombasa pour devenir un hub portuaire en Afrique de l’Est et accompagner le développement d’un pays et d’une région.

Les Afriques (LA) : Mombasa est une ville portuaire qui attire de plus en plus d’entrepreneurs qui viennent investir dans des activités autour du port de la ville, pouvez-vous nous dessiner un profil de ceux qui atterrissent à Mombasa?

Hassan Ali Joho (HAJ) : Le port de Mombasa ne date pas d’hier, c’est un port qui est très ancien et il a toujours attiré les commerçants de la région. Il s’avère cependant qu’avec le dernier renouvellement du port, il attire plus d’attention. Mombasa est le plus grand port de toute l’Afrique de l’Est, récemment on a procédé à une large coopération avec plusieurs ports de la région, notamment, avec la réduction de différentes taxes. La découverte de pétrole dans le territoire de Mombasa a poussé plusieurs multinationales à venir investir et participer au développement de la ville.

LA : Justement, quels sont les pays avec qui vous avez signé des Accords de libre-échange?

HAJ : A vrai dire, on n’impose aucune restriction aux pays qui veulent tisser une relation commerciale de Libre-échange avec le Kenya à travers le port de Mombasa. Notre port est ouvert à tous les pays de la région.

LA : Pouvez-vous nous donner une idée sur le volume des échanges annuels à Mombasa?

HAJ : On réalise annuellement un échange de 100 millions dollars avec l’Ouganda, l’ensemble de nos échanges annuels ont atteint les 900 millions de dollars. Ainsi, on est en train d’élargir le port pour atteindre en 2015 le double volume qu’on réalise aujourd’hui. On espère qu’on améliorera l’échange et les opportunités d’investissement avec ce projet d’élargissement du port de Mombasa.

LA : Est-ce que vous avez pensé à une coopération avec le port de Tanger-Med, un point de repère pour le commerce international?

HAJ : A vrai dire, on a pas mal de projets de coopérations avec de grands ports du monde, Tanger-Med en fait partie. Je ne vous cache pas qu’on essaye de trouver un moyen de coopération. Je sais qu’au niveau des dirigeants des deux ports il existe une ambition d’échanges, et j’espère qu’ils auront l’occasion d’échanger les idées et de discuter les perspectives. Ainsi, on va relier le meilleur port du nord d’Afrique avec le port le plus important de l’Afrique de l’Est.

LA : Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que la ville de Mombasa possède une stratégie de développement autour du port?

HAJ : Au fait, le port n’est pas géré indépendamment de la ville. Normalement, les infrastructures sont le socle sur lequel se fonde toute activité commerciale. La ville de Mombasa n’échappe pas à cette règle, on a effectivement cherché à développer nos infrastructures avant de penser élargir les activités du port.

Propos recueillis par Sanae Taleb

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11 novembre 2013

Dan Serfaty fondateur de Viadeo : «La demande est venue d’un seul coup, on s’est dit c’est le continent de demain» (Les Afriques n°261 du 07/11/2013)

Dan Serfaty est un chef d’entreprise français, co-fondateur avec Thierry Lunati du réseau social professionnel Viadeo en 2004. Viadeo renforce son positionnement local en faisant du Maroc son hub régional pour l’Afrique.

Les Afriques (LA) : Aujourd’hui, l’Afrique comporte seulement 3 millions membres de Viadeo, comment comptez-vous amplifier votre plate-forme africaine?

Dan Serfaty (DS) : En Afrique on va passer essentiellement par trois étapes. La première est le développement de plusieurs partenariats locaux. A ce titre, notre partenariat avec l’Agence marocaine de Promotion de l’Emploi et des Compétences (Anapec), est modèle qu’on va essayer d’appliquer dans d’autres pays avec notamment les grandes universités, et les organismes territoriaux de formation. La deuxième étape s’intéresse au produit. On a, en effet, entamé ce volet par la traduction en arabe de notre plate-forme, ce genre d’adaptation de produit si on peut le dire continuera avec la création de fonctionnalités spécifiques au continent. De cette manière qu’on va se différencier et qu’on réussira à amener un vrai service qui répondra aux besoins locaux. La troisième étape porte sur la communication et la vulgarisation de nos services. C’est-à-dire qu’aujourd’hui plusieurs personnes en Afrique, quand vous leur dites réseau social professionnel, ils répondent : «à quoi ça sert ?». Donc la communication et la sensibilisation va avec notre projet de croissance.

LA : Quels seront vos partenaires en Afrique?

DS : Des partenaires locaux possibles sont les universités, les associations professionnelles, il faut dire que nos partenaires seront variés selon le pays. Clairement, on veut faire des partenariats avec les grandes universités en Afrique, avec les associations des anciens élèves de ces universités, les associations d’étudiants de ces universités, pour que très tôt les gens comprennent que le réseau social professionnel est un outil essentiel. Ainsi, on ciblera également, les associations professionnelles par industrie, par exemple l’association des professionnels du marketing au Maroc, ou de la finance à Dakar, là encore on peut donner des outils qui vont leurs permettre de communiquer et d’agir et d’interagir de manière plus efficace. Les chambres de commerce seront aussi nos partenaires.

LA : Quelle seront les premières zones à cibler?

DS : Toute la zone Afrique francophone. Le pays qui nous intéresse le plus en dehors de la zone francophone c’est l’Egypte. Mais compte tenu des problèmes actuels on va reporter notre plan là-dessus. Le deuxième pays qui nous semble, extrêmement, important c’est le Nigeria. Taille de pays, croissance, pénétration d’internet.

LA : A combien se chiffre le budget de votre expansion en Afrique?

DS : L’Afrique globalement représente en termes d’investissement pas moins de 15 à 20% de nos investissements.

LA : Comment s’est faite l’implantation en Afrique, à travers votre bureau à Casablanca?

DS : C’était le résultat d’une attraction naturelle. C’est-à-dire on avait rien fait et l’Afrique à commencer à décoller très fort. La demande est venue d’un seul coup, on s’est dit c’est le continent de demain.

Propos recueillis par Sanae Taleb

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L’Afrique, véritable potentiel de croissance pour Viadeo. Fort de ses 167 millions d’internautes (Internet World Stats, 2013), l’Afrique représente une fantastique opportunité de développement et c’est pourquoi Viadeo décide d’y renforcer durablement sa présence en déployant son hub africain à Casablanca au Maroc. Afin de faciliter sa démarche, le Groupe adopte une approche régionale en donnant la priorité aux marchés francophones : le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale. A ce jour, Viadeo compte 3 millions de membres en Afrique et son développement connaît une croissance exceptionnelle de jour en jour. En moins d’un an, le nombre de membres Viadeo Maroc a été multiplié par deux, passant de 500 000 à un million. Une croissance prometteuse permettant de consolider le positionnement de Viadeo sur le continent africain et de renforcer ses effectifs centralisés désormais à Casablanca. Viadeo souhaite répondre aux demandes et exigences du marché et ce, en proposant l’accessibilité de sa plateforme en langue arabe. Avec un positionnement de précurseur dans les pays émergents, il renforce ainsi sa stratégie multi-locale visant à répondre et à s’adapter aux spécificités culturelles des marchés. Une stratégie également mise en vigueur lors de la signature de partenariats avec des entreprises, associations et organisations locales, telles que l’Anapec, s’inscrivant dans la volonté commune de renforcer l’employabilité des jeunes en Afrique francophone.

8 novembre 2013

Doing Business : l’Afrique améliore son climat des affaires (Les Afriques n°261 du 07/11/2013)

Le rapport Doing Business 2014 vient d’être publié par la Banque Mondiale. Pour cette année, le rapport constate une amélioration sensible du climat des affaires en Afrique.

Le classement Doing Business, publié par la Banque Mondiale, est un baromètre qui donne la situation du climat des affaires dans les différents pays du monde.

Selon le rapport «Doing Business 2014» qui tient en compte 189 pays, cette année, c’est l’île Maurice qui occupe la première place en Afrique (et la 20e place dans le classement global) en termes de facilité des affaires. Le Rwanda pointe en 2ème position (32ème sur le plan global), devant l’Afrique du Sud (41ème), le Bostwana (56ème) et le Ghana (67ème).

Au niveau mondial, le rapport 2014 fait état de l’augmentation de 18% du nombre de réformes de la réglementation des affaires, par rapport à 2012. Cette volonté de réduire les difficultés auxquelles font face les entreprises est également notable en Afrique. Bonne nouvelle pour le continent, neuf des vingt pays qui ont le plus réformé la réglementation des affaires durant ces cinq dernières années, sont situés au sud du Sahara : le Burundi, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau, le Rwanda, le Togo, le Bénin, la Guinée, le Liberia et la Côte d’Ivoire. Pourtant, il reste beaucoup à faire sur le continent, pour rendre favorable l’environnement des affaires. Car les économies avec les meilleures réglementations des affaires sont plus susceptibles d’attirer les investisseurs étrangers et d’encourager les entrepreneurs locaux à créer davantage d’emplois, et contribuer à mettre fin à l’extrême pauvreté.

Le rapport souligne aussi que le rythme des réformes de la réglementation des affaires, continue de s’accélérer depuis la crise financière de 2008-09.

Le rapport a également recensé les 10 économies qui ont le plus progressé (par ordre d’amélioration du climat des affaires) cette année: l’Ukraine, le Rwanda, la Russie, les Philippines, le Kosovo, Djibouti, la Côte d’Ivoire, le Burundi, l’ex-République Yougoslave de Macédoine et le Guatemala.

En se basant sur une dizaine de critères, le rapport Doing Business permet d’évaluer si les pays facilitent ou non l’environnement des affaires. Création d’entreprises, obtention de permis de construire, de prêts, protection des investisseurs, sont autant de facteurs pris en compte par cette grande étude initiée chaque année par la Banque Mondiale et la Société Financière Internationale (SFI).

Ibrahim Souleymane

8 novembre 2013

Flash éco (Les Afriques n°261 du 07/11/2013)

Microsoft annonce l’extension de son Microsoft Ventures en Afrique de l’Est

La firme américaine de logiciel Microsoft a annoncé qu’elle va étendre son programme de partenariat baptisé Microsoft Ventures en Afrique de l’Est. L’initiative a pour but d’offrir des outils, des ressources, des compétences et des débouchés commerciaux aux startups à travers des partenariats avec des accélérateurs dans le monde entier. L’expansion de Microsoft Ventures en Afrique est menée dans le cadre de l’initiative Microsoft 4Afrika, lancée au début de l’année. Cette expansion donnera la priorité aux start-ups qui s’investissent dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’éducation et la santé.

L’Ethiopie se dote du plus grand parc éolien de l’Afrique subsaharienne

Le plus grand parc éolien d’Afrique subsaharienne a été inauguré en octobre dernier à Ashegoda, dans le nord de l’Ethiopie. Avec 84 turbines installées sur 100 km2, ce parc est d’une puissance de 120 mégawatts (MW), soit 400 GWh distribués par an. Il permettra ainsi d’économiser 300 000 tonnes de CO2 par an et de satisfaire en électricité renouvelable les besoins de près d’un million de personnes chaque année. Le coût du projet s’est élevé à 210 millions d’euros. Ce montant été majoritairement assuré par des prêts concessionnels accordés à l’Etat éthiopien par l’Agence française de développement (AFD) et banque française BNP Paribas. La ferme éolienne a été construite par la PME française spécialisée dans les énergies renouvelables Vergnet, en collaboration avec le groupe Alstom. La construction de la ferme éolienne a été compliquée par la promotion de l’aéroport de Mekele, situé à quelques kilomètres du site, devenu aéroport international. L’élargissement du corridor aérien de cet aéroport a en effet obligé Vergnet à revoir tout le design du projet éolien.

Des investisseurs japonais ciblent l’énergie au Rwanda

Une délégation d’investisseurs japonais, ayant assisté au dernier Sommet « Transform Africa », a exprimé son intérêt dans les secteurs de l’agriculture et de l’énergie renouvelable du Rwanda. En effet, Abe Rikiya, membre-fondateur de Digital Solutions Grille Consortium, a soutenu que cette institution est prête à investir des millions de dollars dans le secteur de l’énergie du Rwanda, afin d’aider les PME à réduire leurs coûts de production.

Soutien chinois à l’agriculture éthiopienne

Pour accroître la compétitivité de l’agriculture éthiopienne, la Chine et l’Ethiopie pays entendent renforcer davantage leur coopération. C’est du moins ce qui est ressorti des discussions, la semaine dernière, entre Han Changfu, ministre chinois de l’agriculture, et Tefera Deribwe, son homologue éthiopien. Les deux ministres ont signé des documents allant dans le sens de l’accentuation des liens existants et du développement de nouvelles initiatives dans les domaines de la recherche agricole, la vulgarisation, les activités de formation professionnelle agricoles, centres de démonstration et de formation.

5 novembre 2013

Grande distribution : au rayon des bonnes intentions (Jeune Afrique n°2755-56 du 27/10/2013)

Les projets de centres commerciaux sont en plein boom en Afrique. Mais avec le coût des terrains et les problèmes logistiques, les échecs seront peut-être aussi nombreux que les succès.

Un investissement de 80 millions de dollars (environ 58 millions d’euros), 260.000 m2, un hôtel, un centre de conférences, un supermarché… L’espace de quelques mois, Bujumbura a cru se réveiller avec l’un des plus grands centres commerciaux du continent. Raté: la capitale burundaise devra encore attendre un peu pour se doter d’un si luxueux complexe. À l’image de ce projet un tantinet décalé par rapport au pouvoir d’achat du pays, mais aussi des retards ou des blocages qui ont affecté le Dar Village à Dar es-Salaam, le Forum Andalus à Tripoli ou le Sunshine City à Kumasi, les annonces d’ouverture de centres commerciaux sont bien plus nombreuses que les bâtiments qui sortiront effectivement de terre. En mai, le cabinet d’intelligence économique Sagaci Research, recensait ainsi 129 projets de ce type en Afrique. Une situation sans précédent, largement alimentée par l’émergence d’une classe moyenne africaine. « Dans les 18 principales villes d’Afrique le niveau de dépenses atteindra 1300 milliards de dollars par an en 2030 contre 539 milliards pour la France actuellement », insiste Michael Chu’di Ejekam, directeur immobilier chez le capital-investisseur Actis, l’un des principaux constructeurs de mall au sud du Sahara. Sur tout le continent, le taux de pénétration de la distribution moderne est si bas (dans un grand nombre de pays, seuls 5% des habitants sont clients des grandes surfaces), que le marché laisse de la place à un grand nombre d’acteurs. Le boom spectaculaire du secteur au Kenya, au cours des quinze dernières années, donne également beaucoup d’espoir. En Algérie, c’est le portugais Sonae Sierra, gestionnaire de 70 centres commerciaux à travers le monde, qui mène l’offensive.

Au sud du Sahara, c’est le français Carrefour, numéro deux mondial, qui fait ses premiers pas. Dans l’Ouest et dans le Centre, il a officialisé son alliance capitalistique avec le groupe panafricain de distribution spécialisée CFAO. À l’est du continent, « Majid Al Futtaim, le partenaire de Carrefour au Moyen-Orient, a des objectifs de développement », concède, sous le sceau de la confidentialité, un proche du groupe. Essor de la classe moyenne, demande pour des marques internationales et des produits plus sophistiqué… Le discours marketing est bien rodé. Pourtant, la profession garde aussi en mémoire un certain nombre de flops. Le départ précipité d’Auchan du Maroc en2007, suivi quelques mois plus tard de l’échec de son implantation au centre commercial Les 4 C, à Dakar. Ou la bérézina de Carrefour en Algérie, parti du pays moins de trois ans après son arrivée… « C’est un métier très compliqué, qui comporte de véritables risques, estime Mohamed Ali Mabrouk, patron du pôle grande distribution du groupe Mabrouk et partenaire de Casino en Tunisie. Il y a évidemment les risques liés à la sécurité, dans des lieux qui peuvent accueillir des milliers de personnes chaque jour. Et le problème de la sécurisation des approvisionnements. Car dans une grande surface, on doit pouvoir trouver tout, tout le temps. » En Tunisie, au Maroc, ou même au Kenya et en Afrique du Sud, où la production agro-industrielle locale existe, la tâche est compliquée mais pas impossible. Dans la majeure partie des pays du continent, c’est une autre paire de manches. « Il y a une configuration spécifique en Afrique, explique Gilles Blin. Au Brésil, vous vendez brésilien à 95%. En Côte d’Ivoire, c’est 40% d’import. Au Congo-Brazzaville, 80%. » Le directeur international alimentaire du Groupe Mercure, franchisé Casino dans plusieurs pays subsahariens, aime d’ailleurs souligner que sa « première préoccupation n’est pas le prix mais d’avoir le produit », précisant qu’il faut parfois « douze jours de mer pour acheminer certains produits vendus au Sénégal ».

Séduire. Avec des droits de douane de 30% au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (20% dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine) et entre 18 et 19% de TVA, la grande distribution a encore du mal à séduire une classe moyenne constituée encore pour l’essentiel de ménages à faibles revenus. « Il est clair que les grandes surfaces, surtout celles sous enseigne internationale, resteront un certain temps des commerces pour les riches, rappelle Julien Garcier, directeur général de Sagaci Research. Les revendeurs de rue, eux, ne supportent aucun coût ou presque, et ne paient pas d’impôts… » Les enseignes locales, qui fleurissent par exemple au Cameroun ou en Côte d’Ivoire, ne se fixent pas non plus nécessairement les mêmes contraintes en termes de services et de qualité… Nouvel arrivant sur la zone, Carrefour a réfléchi à ce problème : « Nous voulons miser de plus en plus sur des produits locaux », explique Xavier Desjobert, directeur général de CFAO Retail et partenaire de Carrefour dans huit pays. Mais, rétorque Gilles Blin, « il ne faut pas trop rêver. Lorsqu’il y a des producteurs agroalimentaires locaux, comme c’est le cas au Cameroun dans les bananes, au Sénégal avec les tomates ou au Gabon avec les produits de la mer, ils préfèrent tout exporter que vendre l’équivalent d’un conteneur à un distributeur local ».

Design. Michael Chu’di Ejekam énumère plusieurs autres défis de taille. « Le premier consiste à trouver le bon terrain au bon prix. Le second à trouver les financements : notre mall d’Ikeja a coûté environ 90 millions de dollars, dont la moitié financée par la dette. Il y a aussi le coût de la construction : 70% des matériaux étant importés, il revient deux fois et demie plus cher de construire un centre commercial au Nigeria qu’en Afrique du Sud. » Le foncier de qualité, bien placé, est disproportionnellement coûteux dans de nombreux pays, et le développement du moindre supermarché ou hypermarché, avec galerie commerciale attenante, requiert un investissement global de plus de 10 millions d’euros. « Il ne faut se tromper ni de taille ni de format, ajoute Julien Garcier. Regardez le Morocco Mall à Casablanca. Il est très loin du centre, le design intérieur n’est pas optimal et il s’est fait couper la route par I’Anfa Place, un centre de plus petite taille mais mieux placé et plus adapté aux besoins des Marocains. » Mohamed Ali Mabrouk, dont le groupe gère une soixantaine de supermarchés et trois hypermarchés en Tunisie, estime d’ailleurs que « les centres commerciaux du Moyen-Orient, trop grands et trop haut de gamme, ne peuvent pas fonctionner dans la plupart des pays d’Afrique ».

La tendance, chez les professionnels, serait plutôt au développement de centres de taille intermédiaire (de 5000 à 40.000 m2 selon qu’on est au Sénégal ou au Nigeria) plutôt qu’à d’immenses complexes de 200.000 m2 comme c’est le cas à Dubaï ou au Morocco Mall. « Il ne faut pas négliger les problèmes de circulation dans des villes où les infrastructures n’ont pas toujours suivi le rythme de croissance de la population, insiste Gilles Blin. Du coup, nous préférons les formats avec un supermarché de 2000 m2 auxquels s’ajoutent 2000 à 3000 m2 de commerces. » À Abidjan, CFAO et Carrefour proposeront, quant à eux, dès 2015, 18.000 m2 entre l’aéroport et le centre-ville. À moins de 1 km, Prosuma, le leader ivoirien de la distribution moderne, travaille déjà à l’extension de son centre commercial Cap Sud. La guerre est lancée. Mais la messe est loin d’être dite.

Frédéric Maury

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Direction grand public

En annonçant la création d’une société commune avec Carrefour, le groupe de distribution CFAO prend un virage aussi risqué que prometteur.

Quinze ans après avoir décidé de se recentrer sur une poignée de métiers dont l’automobile et la pharmacie, l’ancien comptoir commercial multiproduit CFAO prend un nouveau virage. Le 29 mai, le groupe français a pris de court les observateurs en annonçant la création d’une société commune pour l’Afrique avec Carrefour, numéro deux mondial de la grande distribution.

Les deux partenaires développeront ensemble des enseignes Carrefour mais aussi des centres commerciaux dans huit pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale (Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Nigeria, RDC et Sénégal). Objectif: atteindre 1 milliard d’euros de revenus, soit plus d’un quart des revenus totaux du groupe CFAO en 2012. « Nous voulons nous développer dans 12 à 20 métropoles, certains pays, comme le Nigeria, ayant un potentiel dans 6 à 8 villes », explique Xavier Desjobert, qui porte ce projet depuis son arrivée à CFAO en 2010.

Patron de CFAO Retail, nom de la nouvelle branche d’activités, ce spécialiste de la distribution a été patron des 3 Suisses, des activités internationales du Groupe Casino ainsi que des magasins de bricolage Lapeyre. « Nous allons construire des centres commerciaux, ouvrir des supermarchés sous la marque Carrefour et distribuer des marques hors alimentation », ajoute-t-il.

Un nouveau métier dont les risques sont clairs et qui nécessite davantage de moyens financiers, mais pour lequel CFAO a quelques atouts: son expertise dans la logistique, sa connaissance du terrain africain et son accès privilégié aux banques du continent. « Ils peuvent aussi compter sur l’importante réserve foncière dont ils disposent dans plusieurs grandes villes », souligne un concurrent, pour qui l’alliance CFAO-Carrefour dispose d’un avantage qui pourrait se révéler décisif dans des pays où les terrains sont rares et chers.

Marques. CFAO devrait annoncer bientôt le nom de ses premiers partenaires pour les commerces contenus dans ses malls. Le groupe veut se positionner sur les activités qui profiteront de la croissance de la classe moyenne. Son leadership dans l’automobile est déjà un bel atout. Son accord récent pour distribuer Pernod Ricard au Nigeria en est un autre. « La difficulté en Afrique pour les marques étrangères est d’aller jusqu’au consommateur », insiste Jacques Leccia, directeur général de CFAO Industries, Équipement & Services. CFAO se chargera de faire le lien…

F.M

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Questions à Michael Chu’Di Ejekam, directeur immobilier chez Actis : « notre priorité c’est le choix du site »

Depuis une décennie, du Nigeria au Kenya, le capital-investisseur Astis construit des centres commerciaux de qualité. Quatre sont en projet.

Jeune Afrique (JA) : Vos centres commerciaux rencontrent-ils du succès?

Michael Chu’Di Ejekam (MCE) : lkeja Mall à Lagos attire 750.000 visiteurs par mois. Le supermarché Shoprite est le troisième magasin le plus performant au monde du groupe sud-africain. Les marques nous accompagnent : la première vague a été constituée des sud-africaines, Massmart et Shoprite pour les surfaces alimentaires, ou Foschini pour l’habillement, par exemple. Nous attendons une deuxième vague venant cette fois du Moyen-Orient.

JA : Y a-t-il de la place pour un grand nombre de centres commerciaux?

MCE : Si l’on observe le nombre de surfaces de qualité de plus de 20.000 m2 : Johannesburg (entre 4 et 5 millions d’habitants) en compte 72. Lagos (22 millions d’habitants) n’en a que 2. Accra une seule, comme Kampala. Et Nairobi 3. Rien qu’à Lagos, je pense qu’il y a facilement de la place pour 15 centres commerciaux de ce genre. Il y a en Afrique la même dynamique qu’en Inde entre 2003 et 2007 où le nombre de malls est passé de 30 à 230.

JA : Comment choisissez-vous vos sites d’implantation et leur taille?

MCE : Nous commandons systématiquement des études à des consultants. Ces derniers analysent la zone, évaluent l’infrastructure routière et le pouvoir d’achat. Tout cela détermine le choix du site et la taille du centre.

JA : vous n’avez pas investi en zone francophone. Le potentiel est-il moins important?

MCE : Il est équivalent. Nous nous intéressons à cette zone, qui connaît le même boom que le reste du continent. Et en particulier à la Côte d’Ivoire.

Propos recueillis par Frédéric Maury