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19 janvier 2012

Afrique, terre promise de minerais (Les Afriques n°186 du 19/01/2012)

Possédant le tiers des réserves internationales, tous minerais confondus, l’Afrique contribue à hauteur de 77%, 56%, 46% et 21% à la production mondiale de platine, cobalt, diamants et or. Cette contribution devrait encore se renforcer d’ici à 2015 et plus particulièrement pour le manganèse et les diamants qui passeront respectivement de 39% et de 46% à 57%.

En 2008, la production mondiale des ressources minérales a atteint USD 463 milliards, soit une progression de près de 13% par rapport à 2007 et de 100% par rapport à 2005. Toutefois, cette tendance s’est ralentie dès 2009, affectée principalement par la crise financière et économique.

Aussi, les cours des matières premières n’ont-ils pas échappé à cette spirale, entraînant dans leur sillage la chute des capitalisations boursières. Cependant, au cours du second semestre 2009, les prix des métaux de base ont connu une reprise plus rapide que prévue, suite notamment à la reprise de la demande chinoise afin de sécuriser ses approvisionnements en matières premières ainsi qu’aux placements financiers spéculatifs des fonds d’investissement sur le secteur des matières premières. Ce trend haussier s’est poursuivi en 2010, année qui a connu le retour des prix des métaux à leurs plus hauts niveaux historiques. Du fait de ces améliorations, les cours de l’aluminium, du cuivre et du zinc ont augmenté de 13%, 40% et 20% par rapport aux moyennes des cinq dernières années.

Des dépenses mondiales d’exploration en évolution depuis 2009. Après une année 2009 où, selon le Metal Economics Group (MEG), le montant global des dépenses d’exploration des métaux non ferreux a atteint USD 7,7 milliards, en chute de 42% par rapport à l’exercice précédent, en 2010, les montants alloués à l’exploration minière sont fortement repartis à la hausse (+52%), enregistrant USD 11,7 milliards suite notamment au redressement de la demande et au renchérissement des cours des matières premières. Cette performance intervient après une hausse continue depuis 2003 et un record historique en 2008 d’USD 13,2 milliards.

Montée en puissance des économies émergentes, et plus particulièrement de la Chine. La part des économies émergentes dans les dépenses mondiales d’exploration a connu une hausse considérable. En effet, et selon Metals Economics Group (MEG, 2010), ces dernières représentaient près de 40% des dépenses mondiales d’exploration au début de la dernière décennie. Au milieu des années 2000, elles en constituaient 60%. Parallèlement, leur part dans la production mondiale de minerais ne cesse d’augmenter depuis le début des années 2000. A titre d’exemple, en 2008, la production de l’acier et de l’aluminium dans les pays émergents a représenté près de 68% et près de 65% de la production mondiale contre 52% et 50% en 2000, respectivement. Cette montée en puissance s’est renforcée par le regain d’activité de la Chine, devenue acteur clé du marché minier mondial. Aujourd’hui, l’investissement chinois est plutôt orienté vers le secteur des mines et de l’énergie suite aux efforts déployés par le gouvernement, encourageant les entreprises domestiques à se développer à l’international. Par ailleurs et face à ses besoins grandissants en matières premières, le pays s’est tourné vers les marchés extérieurs, notamment l’Australie et l’Afrique pour s’y approvisionner en produits miniers ou même pour y exploiter certaines mines, spécialement en Afrique. Le pays reste le premier importateur mondial de nickel, de cuivre, d’aluminium, de plomb, d’étain… Cette demande croissante de la Chine a fortement contribué à l’envolée des cours mondiaux de minerais entre 2001 et 2007.

L’Afrique, un potentiel minier à exploiter. L’Afrique recèle d’importantes réserves minières à côté de l’Australie et du Canada. Selon David Beylard, la valeur financière des gisements de matières premières du continent s’élèvent à  USD 46.200 milliards.

Possédant le tiers des réserves internationales, tous minerais confondus, l’Afrique contribue à hauteur de 77%, 56%, 46% et 21% à la production mondiale de platine, cobalt, diamants et or. Cette contribution devrait encore se renforcer d’ici à 2015 et plus particulièrement pour le manganèse et les diamants qui passeront respectivement de 39% et de 46% à 57%.

Premier poste d’exportations de nombreux pays africains, l’activité minière demeure toutefois dominée par l’extraction de minerais bruts. Ainsi, les revenus issus de l’extraction minière sont faibles, comparés à ce que pourrait rapporter le produit transformé tant sur le plan fiscal que sur le plan macroéconomique. Plusieurs facteurs entrent en jeu et notamment l’absence d’infrastructures dédiées, la corruption et l’exploitation illégale des ressources. Afin de développer une industrie de valorisation des matières premières minières, dans des conditions économiques pérennes, il faudrait procéder à la restructuration du secteur minier à travers :

• La mise en place de pratiques de bonne gouvernance ;

• Le développement des infrastructures et le renforcement des investissements ;

• La lutte contre l’exploitation illégale des ressources et le renforcement de la transparence des chaînes d’approvisionnement;

• La création d’une industrie locale de valorisation des matières premières minières.

L’Afrique est non seulement soucieuse d’améliorer et de structurer son industrie minière mais aussi, à l’image de ce qui se fait en Amérique du Nord et notamment au Canada, de mettre en place un programme visant le développement durable de la région.

Libéralisation du secteur pour un développement économique du continent. Longtemps exploitées par des entreprises appartenant à l’Etat, les mines en Afrique ont, depuis le début des années 80, subi l’ouverture progressive aux investisseurs étrangers. Le Ghana, un des premiers Etats africains à s’engager dans ce processus de libéralisation du secteur, voulait non seulement développer son industrie minière mais également en faire un levier de croissance.

N’ayant pas les moyens nécessaires pour assurer l’exploitation, les Etats se sont donc retirés, laissant place au secteur privé pour mettre en valeur et exploiter ces ressources. Le rôle de l’Etat est ainsi passé de celui d’actionnaire à celui de régulateur du secteur.

La politique de libéralisation du secteur a pu être, globalement, bénéfique pour les pays africains dans la mesure où les économies de ces pays de même que les investissements étrangers ont connu une croissance conséquente ces dernières années. En effet, les investissements drainés suite aux réformes entreprises ont entraîné une importante hausse de la croissance du PIB dans plusieurs pays d’Afrique. Le taux de croissance moyen de 12 pays africains dépendant du secteur minier est ainsi passé de 0,3% dans les années 1990 à 5,7% dans les années 2000.

L’amélioration de la performance passe par le développement durable. Soucieux de protéger l’environnement, certains pays ont adopté des mesures visant à intégrer les considérations sociales et environnementales au processus d’exploitation des mines.

Au Canada par exemple, le gouvernement a mis en place l’accord de l’Initiative Minière de Whitehorse (IMW), consistant en la «Promotion d’une industrie minière prospère et viable à long terme sur les plans social, environnemental et économique, en s’appuyant sur un consensus politique et communautaire».

Un programme similaire baptisé KWAGGA a été adopté en Afrique du Sud. De même, plusieurs pays d’Amérique du Sud notamment le Brésil, le Chili, la Bolivie et le Pérou ont montré leur intérêt vis-à-vis de cette initiative.

Les groupes miniers internationaux sont aujourd’hui à la quête de nouvelles opportunités de développement. Tandis que certains ont opté pour des opérations de fusion-acquisition, d’autres se sont tournés vers l’Afrique où d’importants gisements de minerais existent. Occupant les premières places au niveau de la production minière, l’Afrique assiste depuis les années 90 à une hausse continue des investissements étrangers, en provenance des pays américains, européens et BRIC et plus particulièrement de la Chine, fortement demandeuse des ressources minières africaines.

Rythme croissant des fusions acquisitions dans le secteur. Les opérations fusions-acquisitions ont enregistré une forte hausse en 2010. La création d’oligopoles pouvant contrôler le marché demeurait l’objectif principal de ces opérations. C’est ainsi que les grands opérateurs du secteur spéculent sur des bénéfices exorbitants tenant en compte parfois le remboursement de l’endettement destiné aux acquisitions-fusions.

Plus spécifiquement, la période 2005-2007 a enregistré un nombre record de transactions dans le secteur minier, soit USD 158,9 milliards. Seulement, les années 2008 et 2009 ont connu un renversement des tendances suite à la crise financière. Le nombre de transactions a ainsi chuté de 3,5% et de 49,7% respectivement.

Dans ce contexte de crise, seuls les grands players procèdent à des opérations d’acquisition tel est le cas de l’OPA de Xstrata sur Anglo-American ou encore le rapprochement entre les deux groupes BHP Billiton et Rio Tinto.

En 2010, les transactions ont repris leur marche ascendante. En effet, durant cette année, 2693 transactions ont été effectuées pour une valeur d’USD 113 milliards. Néanmoins, elles restent en deçà des réalisations de 2006, année record suite notamment à l’absence de mega transactions «mega-deals» en raison d’un manque de grandes cibles.

Selon le rapport de Price Waterhouse and Coopers, le rythme des transactions et les valeurs connaîtront une hausse également en 2011, ce qui pourrait inciter les principales entreprises à investir dans leur croissance interne.

Investissements en Afrique : opportunité de croissance pour les entreprises occidentales. Abritant plus d’un tiers des ressources minières mondiales et disposant des plus grandes réserves du monde de platine, d’or, de diamants et de manganèse, l’Afrique représente une réelle opportunité et un eldorado pour les compagnies minières européennes, nord-américaines et chinoises. Entre exonérations fiscales valables jusqu’à 30 ans et cession de gestion de grandes mines aux opérateurs étrangers, les mesures prises par les pays africains demeurent attrayantes pour les investisseurs internationaux qui rapatrient par la suite une bonne partie de leurs gains vers leurs pays.

Ainsi, plusieurs compagnies minières internationales ont investi et opèrent dans le continent. Au Ghana, par exemple, les mesures accordées (exonérations fiscales valables au-delà de 20 ans) par l’Etat en faveur des entreprises ont poussé plusieurs entreprises à s’y installer tel est le cas de Normandy Piesadon, Goldfields Limited et Lasource.

Au Burkina Faso, l’Etat a confié la direction de sa plus grande mine d’or à l’entreprise canadienne Lamgold. Celle-ci a investi près de USD 450 millions dans cette mine qui devrait rapporter près deUSD 500 millions en royalties, impôts et taxes diverses.

Toutefois, certains gouvernements africains ont commencé à réviser les contrats miniers en vigueur afin de bénéficier eux aussi des retombées du secteur. Au Libéria, le gouvernement a révisé complètement le contrat le liant au groupe indien de la sidérurgie Arcelor Mittal. Le nouveau contrat résilie entre autres, les clauses qui affranchissaient la compagnie des lois libériennes sur l’environnement et le respect des droits de l’homme, abolit certaines exonérations fiscales temporaires et exige l’indemnisation des populations impactées par l’exploitation minière.

Safaa El Fahli, Observatoire de l’entreprenariat (ODE)

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